» Articles à consulter » Se former : résistances et motivations / JP Godet "le blé qui lève" Juillet 2004
 
mardi 24 novembre 2009



 




Se former : résistances et motivations / JP Godet "le blé qui lève" Juillet 2004

 
Jean-Paul GODET
Analyste transactionnel
Formateur Consultant
 
Se former : résistances et motivations
 
 
 
De nombreuses personnes, salariés ou non, n’ont pas attendu la loi récente[1] sur la formation professionnelle pour envisager de se former. Or cet acte, apparemment banal, qui consiste à engranger et mettre en oeuvre des connaissances nouvelles, est en fait bien plus impliquant qu’il n’y paraît. Si pour beaucoup, cela rejoint un désir de stimulation et de plaisir, se former peut aussi renvoyer au statut d’écolier où apprendre était parfois associé à soumission, à ennui, ou plus grave encore à honte de soi.
Oui : se former peut-être dérangeant, voire insécurisant. Et pourtant, se former invite à GRANDIR… et grandir amène chacun vers un terrain inconnu : je vais où ? pourquoi ? Que vais-je faire ensuite ?
S’il est bien humain et naturel de se confronter à ces questions, celles-ci peuvent engendrer des peurs qui nous ramènent à nos inhibitions : « Je voudrais bien, MAIS …. »
 
Comprendre ses propres résistances et les accepter, c’est se permettre ensuite de les dépasser. Seulement ensuite les forces qui nous poussent à aller de l’avant oseront s’exprimer, notre motivation se fera entendre et notre projet pourra naître.
 
Le phénomène de l’élastique
 
La seule idée de devoir s’exprimer publiquement terrifie Me UNTEL, aussi lorsque sa meilleure amie, consciente de ses qualités humaines, lui suggère de prendre un poste de responsable et de se former pour cela, elle refuse catégoriquement prétextant qu’elle n’a pas les compétences. En disant cela Me UNTEL a des sueurs froides et des palpitations cardiaques. Elle ne se souvient peut être pas à ce moment là, de l’humiliation subie 30 ans plus tôt où toute sa classe s’était moqué d’elle devant ses balbutiements en lecture. Son cerveau a pourtant mémorisé l’évènement : depuis ce temps, un élastique est accroché à elle, et à chaque fois qu’elle se retrouve devant une situation similaire, l’élastique la ramène à revivre douloureusement les mêmes sensations. Me UNTEL ne se formera peut-être pas à cause de cela, les conditions lui rappelleraient trop inconsciemment cette période qu’elle veut oublier. Elle peut aussi exprimer ce qu’elle a vécu, le partager, prendre conscience des conditions différentes trente ans après. Elle peut alors ROMPRE L’ELASTIQUE, se former, accepter ses capacités nouvelles et la responsabilité offerte. 
Combien d’élastiques sont à l’origine de nos hésitations et inhibitions ?
 
Les pollutions : préjugés et illusions
 
Nous confondons parfois la réalité objective avec la façon dont le monde nous a été présenté : nous sommes tous porteurs de préjugés ou d’illusions : « méfie toi de celui-là, il n’est pas sérieux », « on ne peut faire confiance à personne » , « je ne peux rien y faire » ; En matière de formation, c’est la même chose : le fait de se former peut nous renvoyer à des croyances sur les autres, sur nous même et sur la formation : « ton entourage ne comprendra pas, il va en souffrir, il y aura des conséquences néfastes sur les enfants,… », « Je n’ai pas besoin des autres, Je ne suis pas à la hauteur, je ne peux pas penser à mes besoins, c’est égoïste, je vais être ridicule,…. », « Se former c’est trop compliqué, théorique, cela n’apporte pas grand-chose… »
 
Une partie de nous est consciente que ces certitudes sont néfastes à notre développement, nous sommes alors tentés de les rejeter en bloc pour éviter de les voir en face, faire comme si elles ne nous appartenaient pas. L’effet inverse se produit : elles reviennent comme un boomerang et nous déstabilisent.
Dans un premier temps nous devons accepter qu’à travers elles nous existons, c’est une leçon d’humilité ; ensuite, en comprendre l’origine peut nous aider à les dépasser. Je peux doucement décider de voir les autres, moi-même et le monde à ma façon sans me laisser systématiquement influencer par des croyances archaïques ou extérieures à moi même.
Je suis prêt alors pour laisser venir en moi les forces de la motivation.
 
La motivation : synergie de trois forces
« Motivation » est un mot de la même famille que « moteur » et « motif ». Elle correspond à ce qui nous met en mouvement, à ce qui pousse une personne à agir, à « un ensemble de facteurs déterminant le comportement » (Le ROBERT)
 
La première force qui pousse quelqu’un à aller de l’avant, et pour la formation il en est de même, c’est le « carburant ». Le carburant chez l’humain, c’est l’envie, le désir, le plaisir et la curiosité. En fait, il s’agit de satisfaire trois soifs fondamentales qui nous maintiennent en équilibre psychique et physique : la reconnaissance, la stimulation et la structure.
La reconnaissance : en quoi la formation permet d’être reconnu en (positif et négatif), par soi-même et par les personnes influentes de son entourage familial, associatif, professionnel, religieux ?
La stimulation : la formation va-t-elle être stimulante pour les cinq sens, peut être elle permet la rencontre de gens différents, de nouveaux horizons, l’adoption de nouvelles techniques…
La structure : sens (direction) et sécurité. La façon de se former est t’elle sécurisante ? La direction est t’elle connue ? Existe-t-il des sanctions en cas d’échec ? Comment vont se passer les confrontations ? Satisfaire ses besoins de structure c’est avoir des réponses sécurisantes à toutes ces questions.
L’importance et la qualité du carburant sont proportionnelles à la satisfaction de ces trois soifs fondamentales. Avant d’engager un processus de formation, la question clé à se poser est donc : qu’ai-je à y gagner (ou y perdre) dans ces trois directions  ?
 
La force suivante à considérer concerne les valeurs. Au nom de quoi je vais me former ? Cette deuxième question clé rassemble de nombreux enjeux pour la personne.La nature du projet, son sens : en quoi cela rejoint ses normes, ses valeurs, sa morale ? La réflexion va porter autour de l’utilité et de la responsabilité, de l’efficacité, des priorités à se donner, des droits et des devoirs. Pour que ce deuxième moteur soit actionné le projet de formation doit prendre sens et rejoindre ses propres convictions. Si l’environnement ne répond pas de manière favorable, la démotivation guette.
 
La force complémentaire aux deux autres s’adresse à la « technique » : comment je vais réaliser mon projet de formation  ? Il faut entendre par là, la pédagogie utilisée, le langage ; cela rejoint le « niveau » de la personne. Quelqu’un peut par exemple être stimulé, reconnu, sécurisé et se trouver en plein accord avec les valeurs et pourtant se sentir découragé dans une formation qui lui paraît trop compliquée, ne le respectant pas dans son stade de développement. La personne doit se sentir « à sa place » pour qu’elle puisse se convaincre de pouvoir grandir.
 
La formation doit normalement amener à développer la confiance en soi. Sachons pour cela nous accepter tel que nous sommes, c’est le gage de la réussite. Cela passe par l’accueil de ses attentes et ses besoins, de ses espoirs et de ses compétences !
 


[1]Le D.I.F : Droit Individuel de Formation / accord sur la formation professionnelle signé le 20 septembre 2003 entre les organisations patronales et l’ensemble des syndicats de salariés. Chaque personne salariée a désormais le droit de se former au minimum 20 heures par an.