» Articles à consulter » De l’autorité tyrannique à l’autorité saine / JP GODET / AAT N° 94 Avril 2000
 
mardi 24 novembre 2009



 




De l’autorité tyrannique à l’autorité saine / JP GODET / AAT N° 94 Avril 2000

 
 
 
De l’autorité tyrannique à l’autorité saine
Présentation à travers les états du Moi fonctionnels
 
Introduction :
 Mes interventions dans le secteur de l’Education s’adressent principalement à des enseignants ou éducateurs touchés de près par des comportements difficiles d’enfants ou d’adolescents. La question de l’autorité est souvent au centre de leurs préoccupations. Lorsque nous abordons ce sujet, de nombreux exemples présentent des situations délicates (classes débordées, agressivité, violence etc. ). Au cours des formations pédagogiques que je conduis avec eux, je propose sur ce sujet un travail en trois étapes :
 
1- Je leur demande de citer des illusions et des préjugés qui influencent l’exercice de l’autorité en milieu éducatif.
 
L’exemple suivant apparaît fréquemment : « si tu n’es pas sévère au début, ensuite tu ne peux plus te faire respecter »
 
2- Je leur demande ensuite, par groupe, de décrire les différents comportements qu’un enseignant peut avoir devant ses élèves et de sélectionner ceux qui apparaissent comme « sains »
 
Les réponses sont variées, en général, chacun se rend compte qu’une sélection de ce type est difficile et peut être absurde si les paramètres contextuels ne sont pas pris en compte (histoire, contrats, fonctions et statuts des personnes)
 
3- Puis, je me sers du matériel décrit dans cet article pour leur donner des repères théoriques avec l’AT. Cela leur permet en outre de s’interroger sur l’utilisation des états du moi fonctionnels devant des élèves : quel sens y donner ? comment définir une autorité saine ? Sur quels critères s’appuyer ?
 
Le postulat de cette réflexion est de définir « l’autorité saine » en m’appuyant sur des comportements plus « porteurs » de réussite en faveur du développement de l’autonomie et pour le respect des personnes. En matière d’autorité, tout autant qu’ailleurs, les phénomènes de transfert et de contre transfert interviennent dans la relation. Je peux constater par exemple que tel élève sans me connaître et dès le début de notre relation, adopte une attitude agressive avec moi (transfert), je ne peux réagir que sous l’influence de mes modèles parentaux, de mes besoins, en conscience ou non avec mon état du moi Adulte (contre transfert). Je peux m’approcher d’une conscience claire et donc penser être le plus objectif possible, pour autant je reste influencé et donc incertain d’engager avec cet élève « la meilleure des relations ». Ainsi, loin de me poser en « donneur de leçons » j’insiste sur les risques d’une catégorisation rigide qui consisterait à « normaliser » des comportements sains en les opposants à ceux malsains.
 
Ce matériel s’adresse à toute personne formatrice ou non qui veut conduire une réflexion sur l’autorité et la manière de la lire à travers l’analyse transactionnelle. J’ai expérimenté l’utilisation des schémas ci-après et constaté qu’enseignants, éducateurs et parents font plus facilement le lien avec leur pratique pédagogique ou éducative.
 Eric Berne parle de trois formes d’autorité (1) : l’autorité tyrannique, l’autorité fonctionnelle, et l’autorité rationnelle. Claudie Ramond (2) les a développées notamment dans son livre « Grandir ». Partant de la théorie et de la présentation qu’en donnent ces deux auteurs, je propose la thèse selon laquelle l’autorité peut se lire à travers l’ensemble des états du moi fonctionnels : si ces derniers sont négatifs, il s’agit de l’autorité malsaine (tyrannique), s’ils sont positifs l’autorité devient saine ( fonctionnelle ou rationnelle). 
 
 Après avoir défini le terme « autorité », cet article propose donc d’en revisiter les formes citées par Eric Berne en visant particulièrement deux objectifs :
 1) proposer une présentation avec le modèle fonctionnel,
 2) relier cette présentation fonctionnelle à des hypothèses structurales.
En résumé, je propose un schéma de présentation de l’exercice de l’autorité qui associe l’analyse structurale des états du moi à l’analyse fonctionnelle, c’est une hypothèse de travail pour soutenir la réflexion.
 
 La conclusion suggère quelques critères pour reconnaître au sein d’une classe l’exercice d’une autorité saine.
 
1 - Définition
 
 L’autorité (autoritas en latin) vient d’un verbe signifiant « faire grandir ». Pour le Larousse l’autorité est le : « Droit ou pouvoir de commander, de se faire obéir  ». Claudie Ramond la présente comme « une capacité donnée légalement ou moralement à quelqu’un, qui implique la fonction sociale explicite d’être une référence pour les autres ».
 L’autorité appartient à chacun : Les élèves peuvent avoir de l’autorité sur leur prof, tout comme les enfants sur leurs parents. Chacun peut développer une stratégie visant à influencer l’autre pour l’emmener dans sa direction, dans ce sens, l’exercice de l’autorité est réciproque. Tenant compte de ce fait, je propose cette définition complémentaire « manifestation comportementale que toute personne met en place au niveau du processus pour entraîner ses partenaires vers des objectifs implicites ou explicites ».
 
2- l’autorité tyrannique : modèle fonctionnel des Etats du Moi
 
Anne-Lise et Thomas, 13 ans, parlent ainsi de certains profs :
 
A-L : « Ceux qui n’ont pas d’autorité, on voit bien qu’ils sont stressés, par exemple, ils s’énervent, le font ressentir sur nous, ils font des mouvements.. ils peuvent même casser la craie à force de l’appuyer au tableau. D’autres balancent carrément des craies sur des élèves, ils pourraient nous mettre des coups de poings, ils le feraient, c’est sûr ! ils attendent trop de nous, toujours mieux toujours plus ! »
 
T :« avec ceux là ils ont beau dire qu’il faut participer mais on a peur car dès qu’on se trompe, ils nous engueulent... on en a marre... et quand j’ai peur de me tromper j’oublie tout. y’en a même qui disent « t’es toujours aussi nul, tu vas redoubler.. ».et même s’ils ne nous le disent pas franchement, ils le pensent vraiment. Moi, j’aime pas aller en cours avec eux, ils nous font détester leur matière. »
 
Ces propos illustrent le climat et la tension qui règnent parfois dans certaines classes.
 
Alain et Bernadette sont enseignants dans une classe de troisième, ils s’expriment sur l’autorité :
 
A :« mes collègues m’ont dit d’être sévère dès le premier contact sinon je serai débordé, en fait, c’est dur ! Comment veux-tu faire avec 30 élèves dans la classe, je suis obligé de gueuler ! Je ne les supporte plus ! ».
B « Un élève ne peut pas apprendre dans le bruit, j’habitue mes élèves à se taire, là dessus je suis intransigeante, s’ils bougent je les punis. Quand ils ont compris ma méthode je ne les entends plus... »
 
Ils avouent parallèlement que leur manière d’utiliser l’autorité n’est pas satisfaisante, ils ne voient cependant aucune alternative...
 
Ces exemples traduisent les situations les plus observées, à savoir : l’utilisation du PNF de l’enseignant (persécuteur) s’adressant à l’Enfant Adapté des élèves. Il est possible cependant de concevoir l’autorité tyrannique à travers tous les états du moi fonctionnels négatifs (schéma 1) ; lorsqu’un enseignant par exemple :
- utilise un Parent Normatif négatif en imposant une loi injuste (a)
- surprotège ses élèves : sauveteur (b)
- reste dans l’état du Moi Adulte en continuant une explication alors que deux élèves se battent dans la classe. (le faux- self) -> (c)
- s’adapte sans réfléchir aux propositions d’élèves ou s’amuse hors de propos en perdant dans les deux cas le contrôle du processus. (d) , (e)
Comme le soulignent les élèves, l’autorité tyrannique renforce les inhibitions elle stimule la peur, la dévalorisation, la démotivation, le chahut. Cette manifestation de l’autorité va de pair avec une mauvaise utilisation des règles de protection et de permission. Hélène Reuss (3) dans son article sur l’autorité saine en décrit les conséquences chez les enfants.
 
 
 
 
 
  
Dans l’autorité tyrannique, la personne tente de se servir de son entourage, à son insu, pour aller mieux.
 
3- L’autorité saine : modèle fonctionnel des Etats du Moi
 
Je regroupe sous le terme « autorité saine » l’autorité fonctionnelle et l’autorité rationnelle décrite par Eric Berne.
Mathieu et Pauline, 13 et 14 ans illustrent à travers leurs réflexions cette forme d’autorité :
 
Mathieu « devant certains profs, c’est facile, ils ne font pourtant rien de plus mais on a pas envie de les embêter, ils ne disent rien mais c’est le silence... ils sont tolérants... ils sont sympas et on a envie de les respecter. Eux, ils savent nous dire quand c’est bien, ça nous encourage à apprendre...ils peuvent blaguer, raconter des histoires drôles, on rit un moment, ils disent » chut », on se calme et après on avance bien dans nos exercices. Quand on se trompe et que les autres rigolent ils disent : « lui au moins il a eu le mérite d’avoir fait »
Alors nous on travaille mieux, il y a une meilleure ambiance dans la classe, on a plus envie d’apprendre »
 
Pauline « Certains ne haussent jamais la voix et il n’y a pas de bruit dans la classe et ils n’ont même pas un visage sévère ! Ils nous donnent aussi des conseils pour progresser. Avec ceux là on aime aller en cours avec eux car en fait, on les aime bien. Et pourtant, ils savent punir aussi ! »
 
Dominique et Jérôme, enseignants en classe de 4ème et 3ème expliquent l’atmosphère de leur classe.
 
Dominique « Pour moi, il n’y a pas de problème particulier, certaines activités se font dans le bruit, pour d’autres j’obtiens le silence, je pense cela normal. Les élèves sont capables de comprendre cela. »
Jérôme « Quand j’ai commencé à enseigner j’étais sévère, je haussais souvent le ton, il m’arrivait même de crier pour me faire entendre. Maintenant, avec l’expérience, je n’ai plus peur de mes élèves, je pense qu’ils l’ont très bien compris. Je peux rire et jouer avec eux, quand je leur dis de revenir au travail, ils obéissent. Vraiment c’est super, j’ai de très bonne relations avec la plupart, ils n’hésitent pas à venir me parler de leurs soucis. Je les écoute et cela renforce encore les liens. »
 
On remarque que les enseignants ont ici des attitudes variées : alternant plusieurs états du moi fonctionnels.
Je propose donc de lire les comportements possibles dans l’autorité saine à travers les schémas 2 et 3.
 
 
 L’autorité fonctionnelle : se manifeste à travers Le Parent Normatif qui s’adresse à l’Enfant adapté de l’autre en utilisant le message « tu » ;
 Les enseignants, les éducateurs et les parents utilisent l’autorité fonctionnelle pour répondre aux besoins de structure des jeunes et des enfants. C’est une fonction protectrice. Cette forme d’autorité s’avère utile pour poser des limites et donner des directives liées à son statut. Cela peut être le cas dans une famille où les parents utilisent le Parent Normatif positif pour rappeler à leurs enfants de respecter les règles élémentaires d’hygiène, de politesse et de sécurité. De la même manière, l’enseignant donne un cadre de travail et définit les principes de fonctionnement de telle activité.
 
L’autorité rationnelle : se manifeste à travers l’ensemble des états du moi fonctionnels, s’adresse à l’Adulte et stimule L’Enfant libre / message « Je » ;
L’autorité rationnelle vise à donner les informations nécessaires pour que l’autre puisse adopter le comportement le plus approprié à la situation et s’en réjouir. C’est là un facteur essentiel pour que la créativité puisse se développer. C’est ainsi par exemple que les règles vont être expliquées et proposées à partir d’un état du Moi Adulte et non d’un Parent Normatif. Un enseignant peut se soumettre à une idée intéressante d’un élève et réagir dans l’ Enfant adapté positif, de même, il peut jouer, rire, pleurer lorsque la situation s’y prête, il montre ainsi à ses élèves comment il utilise l’Enfant Libre positif. 
 
 
 
 
  
 
 a) « Je viens de t’entendre insulter ton voisin, je ne suis pas d’accord avec ce comportement. »
b) « J’aime beaucoup la présentation de ton rapport de stage, cela démontre de ta part une réelle volonté de réussite, Bravo ! »
c) « Je constate que tu ne réponds pas à ma question et que tu parles avec ton voisin, que se passe t’il pour toi ? » 
d) « Votre proposition de repousser le devoir de maths me paraît logique dans la mesure ou vous prenez en compte la masse de travail qui vous est demandée en ce moment, je reviens donc sur ma décision et j’accepte un délai supplémentaire de 8 jours. »
e) Françoise, une enseignante en CFA (centre de formation d’apprentis) constatait que son cours de deux heures le lundi après midi était souvent parasité par la fatigue de plusieurs élèves apprentis en pâtisserie. Ces derniers disaient-ils, étaient épuisés par un week-end de travail intense. Elle décida de contractualiser avec la classe 20 minutes des sieste sur les tables. « J’apporte mon réveil et je dors moi aussi, quel bonheur ! et que d’énergie en moins gaspillée pour chacun à faire des efforts ! »
 
4 - Hypothèses structurales
 
Après l’étude du modèle fonctionnel des Etats du moi, nous allons explorer le modèle structural. Van Joines et Ian Stewart (4) le décrivent ainsi « Le modèle structural classe les souvenirs et les stratégies stockées. Il désigne les composantes de la personnalité... il s’applique quand nous considérons ce qui se passe à l’intérieur de l’individu... ». Si nous voulons décrire les sources intra psychiques de l’autorité, nous allons donc nous appuyer sur ce modèle.
 
 L’autorité tyrannique :
 
a) à partir d’une contamination de l’Adulte
 
Dans L’Etat du Moi PARENT, sont contenus les pensées, les sentiments et les comportements associés à l’exercice de l’autorité et copiés des parents ou des figures parentales. Certains de ces messages agissent comme des slogans, issus du PARENT, et sont confondus avec la réalité de l’ADULTE. Eric Berne appelait cela des préjugés ; Voici à titre d’exemples quelques phrases relevées chez des enseignants :
 
« Un bon enseignant est celui qui sait obtenir le silence parfait. »
«  Ces élèves ont tant souffert... il leur faut donc un maximum de compréhension et de chaleur humaine. »
« être débordé, c’est plutôt bien vu » etc..
« la remise en cause devant ses élèves est signe de faiblesse »
 
Sur le plan structural, l’Etat du Moi ENFANT renferme les croyances de l’enfance et les émotions correspondantes. Prenons le cas d’Alice : dès qu’elle élevait la voix pour commander ses petits frères et sœurs, elle se faisait réprimander par ses parents : « laisse les tranquilles, tu n’es pas capable de les faire obéir » Ses frères et sœurs en profitaient alors pour se moquer d’elle. Elle a développé la croyance « je ne sais pas me faire obéir et les autres me le font savoir en se moquant de moi » Aujourd’hui enseignante, elle interprète les rires ou sourires des élèves comme des moqueries à son égard. Elle confond la réalité avec les situations de son enfance. Elle ne peut pas supporter que les élèves doutent de sa compétence, elle réagit donc à partir de cette contamination de l’ADULTE par l’ENFANT (Berne la nomme illusion ) et elle exerce un style d’autorité tyrannique en utilisant très souvent un PARENT persécuteur.
 
 Voici d’autres exemples d’illusions pouvant influencer l’exercice de l’autorité :
 
 « si je suis gentil avec eux ils le seront avec moi »,
 « J’ai peur mais je dois en aucun cas montrer cette faiblesse car cela va se retourner contre moi »
 « je ne suis pas à la hauteur »
 
 L’enseignant peut donc envisager la relation avec ses élèves à partir de préjugés ou d’illusions ou par les deux à la fois : double contamination (ce que je crois vrai la plupart du temps) : « je suis un débutant en enseignement et c’est vrai que je ne suis pas à la hauteur, j’ai peur devant mes élèves qui sont tous caractériels ou délinquants[1]. »
 
b) à partir d’exclusions
 
Alice Miller (5) a montré comment un enfant battu ou meurtri risque plus tard de se servir de ses terreurs refoulées pour commander un PARENT persécuteur. L’hypothèse la plus souvent retenue est celle-ci, : l’autorité tyrannique est programmée par l’ENFANT, l’organe psychique à la source est alors l’archéopsyché. Le PARENT et l’ADULTE sont exclus. On peut imaginer que de nombreuses humiliations et terreurs refoulées et vécues dans l’enfance de certains enseignants sont à l’origine de leur style d’autorité tyrannique. Ils utilisent leurs propres règles qu’ils aménagent au gré des événements. J’ai en souvenir le témoignage d’un maître d’apprentissage, professionnel cuisinier, qui me justifiait ses colères violentes et quelques gifles administrées à ses jeunes apprentis en m’expliquant que ces derniers avaient encore de la chance par rapport à ce qu’il avait lui-même subit de la part de son patron autrefois : « j’en ai reçu des raclées et j’en suis pas mort, c’est comme ça que mon métier m’est rentré dans la peau ! »
 
Une autre hypothèse est de considérer qu’un PARENT Exclusif peut être à l’origine de l’autorité tyrannique. Quand une personne n’a accès qu’à des règles parentales, aux droits et aux devoirs qu’on lui a inculqués, l’organe psychique sollicité est l’extéropsyché. Des enseignants excluent ainsi l’ ADULTE et l’ENFANT en reproduisant les modèles d’autorité reçus de leurs figures parentales, ils s’y conforment d’une manière rigoureuse, méconnaissant la réalité dans l’ici et maintenant : l’évolution de la pédagogie, les nouveaux contextes éducatifs etc.. C’est peut-être le cas de Lucien : « quand j’ai commencé à enseigner, j’avais une réelle confiance dans mes élèves et beaucoup d’estime pour eux mais cependant il m’arrivait souvent de les punir avec une très grande sévérité, j’en éprouvais ensuite du remord…je pense que j’étais en train de suivre les conseils de mon vieil oncle enseignant qui m’avait toujours recommandé de ne jamais « m’abaisser » devant un élève et d’être impitoyable avec les élèves désobéissants , c’est à ce prix, me disait-il que tu seras respecté. »
 
L’autorité saine : fonctionnelle ou rationnelle
 
L’enseignant n’est pas sous l’emprise d’une contamination de l’ADULTE ni d’une exclusion, sa prise de conscience des difficultés est réelle. Il connaît les valeurs qu’il veut défendre, les principes auxquels il veut s’attacher, il sait les exprimer et les adapter à la situation. Travailler dans le silence peut par exemple être justifiable pour certaines séquences pédagogiques et injustifiables pour d’autres. L’ADULTE est au contrôle, on peut parler d’« ADULTE intégré (6) », au sens où Berne le décrivait : « cela signifie que toute personne fonctionnant dans l’ADULTE devrait dans l’idéal faire preuve de trois types de tendances : un charme et une vivacité personnelle (pathos), une élaboration des données objectives (logos) et une responsabilité d’éthique (éthos) représentant respectivement les éléments archéopsychiques, néopsychiques et extéropsychiques ‘intégrés’ dans l’état du moi néopsychique sous forme d’influences...  ». La personne dit la plupart du temps ‘je’ prenant conscience qu’elle n’engage qu’elle-même, et quand elle utilise le ‘tu’ dans l’autorité fonctionnelle elle assume sa fonction et reste dans son contrat. Elles prend soin de ses besoins et tient compte de ceux des autres.
Ces deux formes d’autorité s’effacent dès lors que l’autonomie relationnelle des élèves est atteinte.
 
 
5- Schémas de l’exercice de l’autorité à travers l’analyse structurale et fonctionnelle des états du moi.
 
 
J’utilise cette présentation devant des personnes qui découvrent l’analyse transactionnelle depuis 2 ou trois jours seulement et elle s’avère utile pour les aider à comprendre l’ensemble du processus de l’exercice de l’autorité : de son origine psychique jusqu’aux aspects comportementaux. Par souci de simplification, je ne vais présenter que deux exemples :
- le premier pour expliquer comment un enseignant peut réprimander un élève à partir d’une double contamination. Schéma 3
- Le deuxième, pour illustrer le processus de décision de Françoise, l’enseignante citée précédemment, qui a instauré un temps de sieste dans son cours. Schéma 4
 
 

 

Schéma 4 : L’enseignant tient compte d’une réalité objective : les élèves apprentis en pâtisserie ont travaillé tout le week-end en horaires de nuit et ils arrivent fatigués à l’école. Le cours se déroule le lundi après midi après le repas.
 
 
 
En conclusion je propose quelques critères pour reconnaître une classe ou s’exerce l’autorité saine :
 
Du coté des élèves :
 
- Ils connaissent les règles de fonctionnement et l’échelle des sanctions s’y rattachant. Ils sont détendus
 et ont le droit d’exprimer leurs besoins.
- Des moments de détente alternent avec des moments de concentration.
- Ils n’ont pas peur de se tromper et se sentent protégés.
- Ils se sentent valorisés et encouragés.
- Ils sont créatifs et heureux de voir que leurs idées sont prises en compte et canalisées.
 
Du coté enseignant :
 
- Il demande l’avis aux élèves sur la manière dont les cours se déroulent, les problèmes sont analysés ensemble. A chaque fois que c’est possible, des contrats sont proposés. Il organise des temps de régulation.
- Il a pris le temps d’expliquer le sens des règles de fonctionnement ; en cas de sanctions, celles ci sont appliquées.
- Il ne soutient pas les critiques de ses élèves sur ses collègues, mais les invite à aborder les problèmes avec les personnes concernées.
- Il ne punit pas l’élève qui a du mal à se concentrer, si celui-ci dérange les autres il lui demande d’arrêter et le questionne pour mettre à jour l’origine de sa passivité.
- Si une règle est transgressée devant lui, il peut différer sa réponse pour éviter qu’elle ne soit exagérée.
- Il ne réprimande pas sur l’erreur elle-même, mais sur la passivité éventuelle devant l’erreur.
- Il sait dire ses besoins aux élèves et les inviter à faire de même.
- Pour leur réussite mutuelle, il explique aux élèves la différence qu’il fait entre les signes de reconnaissance conditionnels et inconditionnels.
 
 La confiance entre les élèves et l’enseignant est réciproque, ils s’estiment et se respectent.
 
 
Jean –Paul GODET / Décembre 1998
 
 
Bibliographie
en référence dans l’article :
 
1- E. Berne : « analyse transactionnelle et psychothérapie » PAYOT
2- C. Ramond « Grandir » Erès La MERIDIENNE
  « Autorité et abus d’autorité » AAT 63 
3- H. Reuss : « L’autorité saine » AAT 84
4- V Joines ; I.Stewart : « Manuel d’analyse transactionnelle » INTEREDITION
5- A. Miller : « C’est pour ton bien » AUBIER
6- C. Ramond « L’adulte intégré » AAT 63
 
Quelques autres ouvrages :
 
R.Mucchielli : « Psychologie de la relation d’autorité » ESF
F. Dolto : « La cause des adolescents » Robert LAFFONT
B.Lempert « Les violences de l’école » AUDIJURIS éditions
B. André : « Motiver pour enseigner » AAT 79
N. Pierre : « socialisation et autonomie dans la classe » CRDP Orléans tours
MJ.Chalvin : « Enseignement et analyse transactionnelle » NATHAN
 


[1] Cf schéma 4