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Albert Nemo - JT007  

LA TRIBU DES CIBISTES
Editions du Téléphone 1994
 

Présentation de l'ouvrage

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LES CIBISTES DANS LA SOCIETE

PREMIERE PARTIE

LA CB POUR LES EXCLUS DE LA COMMUNICATION

"Le meilleur et l'essentiel ne peut se communiquer que d'homme à homme" Nietzche

La plupart des commentateurs ont attribué le succès de la CB à la peur du permis à points. Si cette analyse s'avère exacte pour les automobilistes, elle ne permet guère en revanche d'expliquer le nombre croissant de personnes qui pratiquent la CB à domicile. Il faut pour cela davantage se référer aux conditions de vie de nos sociétés modernes.

Urbanisation, mass média, nouveaux modèles de production, migrations inter-régionales ont fortement contribué à désagréger le lien social traditionnel. Paradoxalement les grandes concentrations urbaines font obstacle aux échanges interpersonnels et ont une irrésistible tendance à cloisonner les individus. Les cellules familiales, de plus en plus petites, restent isolées les unes des autres, noyées dans le béton et dans l'anonymat : on ne sait même plus comment faire connaissance. Les voix s'élèvent de plus en plus nombreuses pour dénoncer l'étouffement de l'homme face au flot grandissant et à sens unique des mass média. Nous sommes saturés d'information, mais nous communiquons de moins en moins entre humains. Le contact direct qui existait autrefois tend aujourd'hui à être remplacé par des intermédiaires anonymes.

Il était courant jusque dans les années 60 dans une France encore très rurale de se réunir dans les cafés du village pour jouer à la belote ou de faire des veillées au coin du feu.... Aujourd'hui les modes de vie sont devenus beaucoup plus individualistes, on ne peut plus se retrouver sur la place du village et les cafés disparaissent les uns après les autres. La télévision, fenêtre ouverte sur le monde a renfermé l'individu sur lui même. Cet isolement croissant explique également que les mass média, comme la radio ou la télévision, soient parfois devenus de véritables substituts affectifs, ainsi qu'en témoigne la prolifération des Reality Shows.

Dans ce contexte, la CB apparaît comme l'une des multiples tentatives pour sortir l'homme moderne de son isolement au même titre que le minitel rose, les clubs de rencontre, les agences matrimoniales ou les clubs de vacance...Ce n'est pas un hasard si tous ces phénomènes se sont eux aussi particulièrement développés au cours de ces 20 dernières années. La plupart des cibistes interrogés par Dominique Boullier ("L'impossible fraternité des ondes") affirment être venus à la CB par manque de communications et de relations humaines satisfaisantes.

Pour certains penseurs contemporains comme Michel Maffèsoli, nous sommes en train de vivre un nouveau temps des tribus avec l'émergence de petits groupes informels qui succèdent à l'ancienne organisation sociale : les relations de voisinage, de famille, de travail sont peu à peu remplacées par des relations d'affinités(les utilisateurs de micro informatique, les rockers, les motards....).

L'essor de la CB s'explique également par la très forte mobilité des Français. Autrefois le lot commun de l'humanité était de naître, vivre et mourir dans le même endroit. Aujourd'hui au grès des impératifs économiques nous changeons de département plusieurs fois dans notre vie. Il faut chaque fois se reconstruire un réseau amical ce qui demande au bas mot plusieurs mois.

Il n'est pas surprenant que l'usage de la CB ne soit principalement répandu que dans les banlieues et les départements défavorisés. On trouve ainsi plus de 900 000 cibistes dans le seul département du Nord-Pas de Calais, une des régions les plus touchées par la crise : les cinémas disparaissent un à un, les bals populaires se font plus rares. On constate aussi que, contrairement à de nombreuses autres pratique de loisir, la CB est un phénomène essentiellement provincial et rural : 20% des postes de la marque President sont vendus à des citadins, alors que 70% de la population Française habite en ville.

Si toutes les classes sociales de l'ouvrier au cadre supérieurs sont représentées, la CB reste avant tout un loisir de prolétaire au budget limité, ayant de grands besoins affectifs et possèdant des capacités d'expression verbale relativement limitées. La plupart des cadres qui possèdent une CB ne se risquent d'ailleurs guère à entamer la conversation, la plupart ne l'utilisent que pour être avertis des contrôles radars ou faire du DX.

Fuir la grisaille quotidienne et se retrouver entre hommes

La CB permet de fuir la grisaille de la vie quotidienne et de trouver des plaisirs absents du travail et de la vie personnelle : la pratiquer c'est une façon de fuir le ménage, sans déménager et de s'envoler vers des cieux plus féeriques. Les femmes des cibistes si elles sont souvent jalouses, s'en accommodent en général fort bien : "au moins mon ga's est là et pas au café." Quant aux hommes cela leur permet une dérobade à moindre risque : << je m'ennuie un peu dans ce monde si monotone. A mon âge, je ne vais pas tromper ma femme, alors je fais de la CB.>>

La CB, tout comme le café du Commerce, permet de recréer un univers réservé aux hommes, où ils peuvent se retrouver entre eux pour clamer leur virilité. Dans cette société où les rôles sexuels sont de moins en moins définis, certains ont beaucoup de mal à trouver leur identité. Dominique Boullier dans son étude de 1984 diagnostique même chez les cibistes qu'il a rencontré une dépendance à leur mère très supérieure à la moyenne, la plupart d'entre eux habitent encore sous le toit parental ou avec une femme à poigne : <<C'est parce qu'ils n'ont pas su se détacher de l'univers féminin qu'ils se créent une identité artificielle.>>

Les exclus de la société de communication

Quand on parle d'exclus, on fait souvent référence aux exclus de la société de consommation en oubliant d' autres tout aussi nombreux : ceux qui comme les personnes âgées ou les handicapés, se retrouvent peu à peu privés de contacts humains.Les sociétés modernes fabriquent de plus en plus ces d'exclusions.

Depuis les années 60 on assiste à une très forte augmentation du nombre de personne qui vivent seules ou qui pour des raisons professionnelles ont quitté leur milieu social d'origine. 42% des acheteurs de poste CB sont des célibataires, c'est à dire environ 15% de plus que l'ensemble de la population de la même classe d'âge.

Ces personnes isolées sont les plus fidèles usagers de CB. La CB a l'incomparable avantage sur les autres loisirs à domicile de permettre le contact humain. Grâce à la CB on n'est plus simplement spectateur mais également acteur. Comme le résuma l'un de nos interlocuteurs, <<La Télé c'est pas la même chose, on est seul et passif devant son écran. la CB c'est FIP FM + SOS Amitié + un jeu de piste sans fin.>>

Les personnes âgées sont certes moins nombreuses que les jeunes générations à s'équiper de CB, mais lorsqu'elles l'utilisent, elles en ont souvent un usage beaucoup plus intensif.

Leur goût pour la CB est d'autant plus significatif, qu'elles sont généralement fort réticentes à utiliser de nouveaux outils de communication : micro informatique, minitel....

Nous avons rencontré beaucoup de ces exclus et handicapés dont la seule évasion et le plus grand plaisir dans la vie est la CB. Elle est devenue pour eux une confidente fidèle, toujours disponible et utilisable 24 heures sur 24 sans frais. Certains ont même réussi a retrouver la joie de vivre au bout de leur micro. En Normandie tous les routiers connaissent la station <<Handicap 76>>.

A 30 ans, Manuel est devenu paraplégique à la suite d'une grave maladie. Lui qui aimait sortir, faire la fête, voyager, il s'est retrouvé cloîtré du jour au lendemain, si déprimé qu'il ne voulait plus voir personne et surtout pas ses anciens copains. Son père lui a offert une CB pour essayer de lui remonter le moral. Il a écouté longtemps, puis un jour il s'est décidé à intervenir et de fil en aiguille la CB a donné un sens à sa vie. Il a même retrouvé une place dans la société en rendant service aux autres. Voici 10 ans maintenant qu'il est à l'écoute du canal 19 tous les jours de 7 heures du matin à midi, répondant à toutes les demandes d'aides et de radioguidages ou prévenant les secours lorsqu'il apprend qu'un accident s'est produit : il ne renseigne pas moins de 1400 automobilistes et routiers chaque année.

Tous les départements de France possèdent leurs bons Samaritains des ondes. Certains routiers à la retraite se sont même fait une spécialité d'aider leurs collègues toujours en activité et ainsi rester en contact avec le monde du travail.

Il n'est pas rare non plus d'entendre sur le 27 la frêle voix d'une mamy : <<Mamy Choupette>> n'a plus les jambes de sa jeunesse et elle est obligée de passer ses journées chez elle. Pour garder un contact avec le monde extérieur, elle s'est achetée un poste CB grâce auquel elle peut rendre des milliers de petits services aux routiers de passage : prévenir le garage le plus proche que l'un d'eux est tombé en panne, transmettre des messages à leurs collègues.... Mais ce qu'ils apprécient le plus c'est sa chaleur humaine : mieux que quiconque, elle sait leur réchauffer le coeur, donner du courage pour continuer à rouler jusqu'à la prochaine étape. Pour elle c'est également une façon de faire mieux apprécier son département de l'Aude auquel elle est si attachée.

Sa vie a été littéralement transformée par ce petit appareil; Elle se despérait de rester seule des semaines entières, désormais elle ne passe plus une journée sans recevoir une invitation ou une visite. Mamy Choupette sait également profiter de l'anonymat que procure la CB : <<Parfois certains cibistes me prennent pour une jeune fille et me font la cour. Il y en a même un qui m'a proposé un Visu : le pauvre il croyait que j'avais 40 ans mais il a été franc jeu et m'a quand même invité dans un excellent restaurant.>> Elle est devenue la mascotte des cibistes du quartier qui se sont cotisés l'année dernière pour lui offrir une station toute neuve et beaucoup plus performante afin qu'elle puisse apporter sa bonne parole plus loin encore.

Nombreuses sont également les personnes qui se sont adonnées à la CB dans un moment de passage à vide social - chômage, rupture conjugale, déménagement dans une nouvelle région, sortie d'une longue maladie.... Celle-ci devient alors une béquille provisoire qui permet de passer ce mauvais pas pour revenir à une vie plus normale. L'usage de la CB correspond souvent à une période de la vie, où l'on est amené à se déplacer beaucoup ou à vivre dans une ville qu'on ne connaît pas.

Jean-Bernard fait justement partie de cette dernière catégorie. Intérimaire, il est amené constamment à se déplacer de département en département : 5 mois par ci, 5 mois par là, à ce rythme c'est pas toujours évident pour se forger une bande de copain, avec la CB quelques semaines suffisent.

Si la CB peut se révéler d'une aide précieuse elle peut aussi devenir obsétionelle, une véritable drogue. "Caliméro", chômeur de longue durée, a préféré cacher son poste dans le placard verrouillé à double tour. <<Au début j'en faisais une petite heure le matin et puis peu à peu je me suis aperçu que je passais mes journées entières à tourner les boutons. La CB me rendait complètement dingue, je n'étais plus du tout dans un monde réel. C'est une solution de facilité : on ne sort pas de chez soi, on a aucun effort à faire et il se passe toujours quelque chose sur les ondes. "Je reprendrai la module quand je serai mieux dans ma peau. Pour l'instant mon principal problème c'est de remettre le pied à l'étrier.>> Il est vrai que pour certains, elle peut représenter une fuite du réel. Le temps passe, ils ne le réalisent même plus, mais ils se marginalisent.

LES CIBISTES AU SERVICE DE LA SECURITE ROUTIERE

Chaque année la route tue près de 10 000 personnes et en blesse 200 000 autres. Qui n'a pas un jour été témoin d'un accident? Prévenir le SAMU n'est toujours pas chose aisée. Certes il y a sur les autoroutes des bornes d'appels d'urgences tous les kilomètres, mais en rase campagne, où se produisent la plupart des accidents, on ne rencontre guère de cabines téléphoniques : il faut atteindre le village le plus proche. Les victimes peuvent rester plusieurs dizaines de minutes à terre avant d'être secourues au moment précisément où la rapidité d'intervention est vitale..

Si la CB permet d'échapper aux rigueurs de la loi, elle joue néanmoins un rôle très positif sur la route en permettant de signaler les accidents plus rapidement. C'est pour cela que les associations cibistes ont affecté au début des années 80, un Canal, le 9, aux appels urgents. Celui-ci ne doit en aucun cas être utilisé en d'autres circonstances.

Il n'y a aucun doute, la CB s'avère bien plus efficace que les téléphones de voiture et crée un sens de responsabilité sociale qu'on ne retrouve pas dans les autres moyens de communication plus individualistes. Une personne qui voit un accident n'aura pas automatiquement le réflexe de décrocher son GSM alors qu'un cibiste va le signaler immédiatement. Son appel, relayé de voiture en voiture, sera entendu parfois plusieurs centaines de kilomètres à la ronde jusqu'au moment où un cibiste installé en fixe téléphonera au SAMU. De plus, le cibiste, contrairement au Quidam qui part à la recherche d'une cabine téléphonique, le cibiste reste sur les lieux de l'accident. Il peut ainsi donner toutes les indications nécessaires au SAMU sur l'état de la victime. La solidarité est telle qu'il y a souvent une dizaine de cibistes qui arrivent dès qu'un accident est signalé.

Si les cibistes ont pour partenaires privilégiés les associations humanitaires, ils apportent également leur concours aux pouvoirs public, pompiers et gendarmes : une dizaine de collaborations sont actuellement en cours. On trouve dans toutes les grandes villes de France des associations au service de la sécurité routière, travaillant en collaboration avec les Centres Régionaux d'Information et de Coordination Routière et les Services d'Aide Médicale d'Urgence. Une dizaine d'entre elles organisent, une écoute permanente du Canal 9, les autres menent surtout des actions ponctuelles, prêtant par exemple main forte à Bison Futé au moment des départs en vacance. Le bilan de leurs activités s'avère souvent mitigé et la mise en place d'une permanence sur le Canal 9 apparaît quelquefois comme une façon de recevoir des subventions.

Toutefois, en France ce rôle reste informel et n'est pas reconnu par l'administration Française. Par contre les clubs CB ont une mission officielle auprès de la Direction de la Sécurité Civile dans plusieurs pays Européens, comme en Italie, en Pologne ou en Hongrie. Dans ce dernier pays leurs services sont même rémunérés par l'Etat.

L'AUTOMOBILE CLUB DE L'OUEST ET L'ASSOCIATION CANAL9

Josiane fait partie des bénévoles de l'association Canal 9. Comme chaque Vendredi soir elle vient assurer sa permanence hebdomadaire. Au mur sont affichées des cartes routières de l'ensemble du département avec, soulignés à l'encre rouge, les point noirs où se produisent des accidents à intervalles réguliers. Comme cela se fait à chaque prise de permanence, Josiane lance un "essai TX" pour vérifier que son poste fonctionne correctement. Très vite elle reçoit une réponse :<<Je te copie parfaitement, la station... Radio 4 Santiago 3.>>

C'est grâce à son mari routier que Josiane à découvert la CB. Au début elle ne voulait pas entendre parler de ce maudit engin qui débitait des âneries à longueur de journée. Tout a changé avec la mort de son mari, victime de l'explosion de son camion : la CB est alors devenue sa seconde famille et lui a permis de redonner un but à sa vie : <<c'est un peu de lui et de nos amis d'autrefois que je retrouve chaque soir en allumant mon TX.>> Il lui arrive même parfois de rencontrer sur le canal 19 des anciens collègues de son mari qu'elle n'a pas revus depuis des années. Ils passent au local de l'association et <<on évoque le bon vieux temps, quand j'accompagnais mon mari dans les transports internationaux.>>

Josiane fait partie de l'Automobile Club de l'Ouest (l'ACO). Celui-ci a mis en place depuis le début des années 80 des permanences d'écoute du Canal 9 dans les 20 plus grandes villes de l'Ouest de la France. Deux de ses associations au Mans et à Rennes assurent une écoute 24 heures sur 24. L'essentiel de leur activité consiste à répondre aux 30 radio-guidages quotidiens demandés. Mais il ne se passe pas un jour sans qu'un accident de la circulation soit signalé immédiatement.. Le permanent se charge de retransmettre l'appel au SAMU. Si les accidents constituent l'aspect le plus visible et le plus dramatique de leurs interventions, il y a bien d'autres événements qui nécessitent une réaction rapide : automobiliste en panne, feux de forêts, signalement des risques de la circulation (voiture dont les feux arrières ne fonctionnent plus....), arbre tomé sur la chaussée....

L'association a actuellement pour projet de mettre en place une fédération Européenne de l'"Emergency Radio". Un premier congrès Européen s'est tenu à Pise en 1993.

Les médecins à l'écoute du canal 9

Si ce sont surtout les cibistes qui se mettent au service des pouvoirs publics, ceux-ci l'utilisent également. Le SAMU d'Amiens sous l'impulsion d'Alain Milhaud a été le premier mettre en place une écoute permanente du canal 9, voici une quinzaine d'années. Des expériences semblables sont actuellement menées par les SAMU de Villefranche et de Besançon. Dans cette dernière ville ce sont les bus municipaux qui sont équipés de CB et qui informent les automobilistes des difficultés de la circulation.

C'est le professeur Alain Milhaud, cibiste à ses heures perdues, qui a donné toutes ses lettres de noblesse à l'<<Emergency Radio>>, c'est à dire l'utilisation de la CB pour déclencher les secours. Professeur de Médecine à l'hôpital d'Amiens, <<Curare>> de son indicatif par référence à son métier d'anesthésiste, Alain Milhaud est un des plus fermes défenseurs de la CB en France.

Elle est pour lui un instrument essentiel de sauvegarde de la vie humaine et il prône la généralisation de son expérience à la France entière : tous les centraux du SAMU devraient disposer d'un poste CB qui, pour quelques centaines de francs par standard, permettrait à chacun de sauver plusieurs dizaines de vies humaines chaque année. Malheuresement, cette solution n'a cependant guère de chance d'être adoptée par les pouvoirs publics, ils tiennent trop à ce que la CB reste un moyen de communication marginal.

Responsable du SAMU de Picardie jusqu'en 1983, il l'a équipé de postes CB dès octobre 1980, avant même que la CB ne soit légalisée en France. Cette expérience a suscité une très importante littérature scientifique : 3 thèses et une quinzaines d'articles. Pour élargir son hypothèse, en 84, il a vérifié l'efficacité que la CB pourrait avoir lors de catastrophes naturelles en embarquant à bord d'un avion.

Depuis 1990 Il a repris cette expérience avec l'équipe de SOS Médecin d'Amiens dont le central se charge de répercuter les appels vers le SAMU. Le premier bilan après trois premières années de fonctionnement est largement positif : 100 signalements d'accidents, avec dans la moitié des cas, une accélération de l'intervention des secours. Ces expériences démontrent à coup sûr l'intérêt de l'<<Emergency Radio>>. Il existe cependant des freins à son développement : les bruits de fond et les risques de canulars.

Ecouter le Canal 9 n'est pas chose facile : on reçoit bien peu d'appels d'urgence mais le poste grésille en permanence. Pour remédier à cette nuisance, l'équipe de SOS Médecin a conçu une sentinelle électronique qui permet de ne déclencher le poste que lorsqu'une station veut entrer en contact avec les médecins : le cibistes témoin d'un accident appuie sur son Mike pendant 25 secondes. Encore faut-il informer les automobilistes d'un tel système, le standardiste de SOS Médecin rappelle donc 3 fois par jour cette procédure d'appel d'urgence. Des études sont actuellement en cours pour mettre en place un système de reconnaissance vocale qui déclencherait l'émission lorsqu'un cibiste prononcerait le mot SAMU.

Le canal 9 doit faire face à un autre problème plus grave : il est impossible de vérifier la réalité des appels, or dans environ 10% des cas ils se révèlent être des canulars. Certains cibistes se glorifient bêtement d'avoir mobilisé les gendarmes pour un faux accident ou un faux cambriolage. L'un d'entre eux nous a ainsi raconté avoir capté l'appel de détresse d'une voix féminine. Elle se dit bloquée dans une voiture qui a basculé au fond d'un ravin. La transmission est mauvaise, l'accidentée semble souffrir, elle est avare de précisions. Par téléphone notre cibiste avertit la gendarmerie en situant l'accident dans un rayon de 50 km sur une route de montagne. Le cibiste continue à recevoir ses appels angoissés qu'il relaie aux gendarmes par téléphone. D'autres cibistes ont capté également le message et confirment le fait à la Gendarmerie. Les secours s'organisent et devant la difficulté à inspecter les ravins depuis la route, on décide de faire décoller l'hélicoptère de la protection civile.

Il patrouillera toute la journée sans résultat. Et pour cause, la dite accidentée, sans doute douée d'un réel talent d'actrice, est bien tranquillement installée dans sa cuisine. Elle s'en glorifiera sur les ondes quelques jours plus tard.

Faute de pouvoir éliminer totalement ce risque de canular, l'équipe de SOS Médecins d'Amiens le minimise grâce à un répertoire de l'ensemble des cibistes du département.

Lorsqu'ils signalent un accident, ils doivent donner leur indicatif et leurs coordonnées téléphoniques

ASSISTANCE RADIO AUX COMPETITIONS SPORTIVES

La ville de Savigny a pris des airs de fête. Comme chaque printemps depuis trois ans ont lieu les "21 kilomètres à pied". La moitié des hommes de la ville y participent et la plupart des habitants sont sortis sur le pas de leur porte pour encourager les coureurs.

Daniel, propriétaire du magasin "France CB" est chargé d'organiser l'assistance radio. Pour ce faire il a rameuté pendant plusieurs semaines l'ensemble des cibistes de la région. Ils sont une trentaine à consacrer leur week-end à l'assistance radio. A pied d'oeuvre depuis 8 heures ce matin, il travaille d'arrache pied pour fixer les antennes téléscopiques et repérer l'ensemble du trajet de la compétition. Pour rendre les cibistes plus reconnaissables la Mairie a prêté son propre matériel VHF et leur a offert un Sweat Shirt aux armes de la ville. Une voiture avec un haut parleur circule en ville pour avertir les cibistes que le Canal 11 est réservé à l'assistance radio et leur demander de ne pas l'utiliser pendant la journée. Comme deux précaution valent mieux qu'une et afin d'éviter toutes les mauvaises surprises et les plaisantins, plusieurs canaux de dégagement ont également été prévus.

Fanjo, le plus ancien cibiste de la ville, a prêté sa caravane afin qu'elle serve de PC pendant l'épreuve. C'est l'endroit que les journalistes de la presse locale ont choisi pour venir s'informer. Quelques heures avant le départ, le directeur de course réunit l'ensemble des cibistes pour faire un dernier point avec eux et ales répartir à chaque kilomètre et dans les points névralgiques où la foule est particulièrement dense. Grâce au réseau de cibistes disposés tout le long du trajet, le speaker peut commenter la course tantôt comme s'il faisait partie de l'échappée, tantôt comme s'il était au milieu du peloton de tête.

Voici fidèlement rapportés, quelques uns des messages échangés:

- PC à tous, départ dans un quart d'heure. Avez-vous reçu?

-Ndeg. 1 reçu

-Ndeg.2 reçu

.-..............(Ndeg. 3 ne répond pas)

-Ici PC, N[ring] 3 vous avez reçu?

.-...............

-Ici Ndeg.9, le Ndeg. 3 semble vous recevoir mais vous ne le recevez pas.

.-OK Ndeg.9, QSP (relayez) à Ndeg. 3 de changer de QTH (lieu d'émission). Ndeg.4, tu as reçu ?

-Ici GP Ndeg.4 Bien reçu

A part le Ndeg. 15 qui vient de griller son PA (dernier étage d'amplification) à cause d'un TOS mal réglé, tout est prêt.

Et alors commence un chassé croisé de messages où chacun pense que son information est la plus importante.

-Ndeg. 5 à PC : Les coureurs passent devant moi, le ndeg. 5 est en tête suivi du 8 puis du 215.

-PC de 8 :Une voiture n'a pas voulu s'arrêter et remonte le boulevard. Que dois-je faire?

-PC de 8, PC de 8 ! URGENT ! URGENT !Une dame vient de s'évanouir au croisement de l'église.

-Ndeg.5 de PC : Répéter : qui est en tête?

-PC de 5 c'est le. 14.

-PC de 8 : Le dernier coureur vient de passer, je rentre au QRA. 73 / 51 (amitiés et poignée de main) à tous

Du pain et des jeux

Si les Français font beaucoup de sport, ils sont encore plus nombreux à le regarder. "Des jeux et du pain", telle était la devise de l'empire Romain. A voir le nombre d'épreuves sportives organisées dans notre beau pays chaque année, on comprend que cette devise est toujours d'actualité. Dès le retour des beaux jours le moindre petit village organise sa compétition.

Un spectateur qui s'évanouit, un participant qui se blesse, un arrêt cardiaque ou même un habitant mécontent d'être dérangé dans ses bonnes vieilles habitudes.... Toute épreuve sportive "hors stade" rassemblant plusieurs milliers de personnes dans un même endroit est faite de mille et un petits incidents qui faute d'être réglés suffisamment vite risqueraient de tourner au drame. Les organisateurs doivent donc prévoir des moyens de radio-communication pour assurer des liaisons permanentes le long du trajet. Mais seules les manifestations les plus importantes comme le rallye Paris Dakar ou le Tour du France Cycliste, peuvent s'offrir le luxe de recourir à des sociétés spécialisées. Certains grands organisateurs comme le circuit du Castellet, responsable de plusieurs dizaines de courses motorisées chaque année, possèdent leur propre équipe de radio-communication.

Mais, la plupart des 10 000 compétitions sportives de plein air organisées chaque année en France font appel à des clubs de cibistes. Sans leur secours, les organisateurs devraient recourir à des professionnels payés au prix fort et la plupart des compétitions disparaîtraient, faute de trouver les fonds nécessaires. Il ne faut pas en déduire que les cibistes ne sont associés qu'à des manifestations de petite envergure.

Même l'assistance radio du Marathon de Paris, un des trois plus grands marathons organisé dans le monde, est assurée par des cibistes. Certains organisateurs, comme Jean Louis de Rhônes de la société F'horsing préfèrent nettement recourir à des cibistes plutôt qu'à des sociétés spécialisées : <<Les professionnels mettent en place des moyens techniques gigantesques mais sont incapables d'assumer tout le travail ingrat. Ce qui leur manque, c'est la passion.>>

Plus de la moitié des clubs ont comme première activité l'assistance radio aux compétitions sportives. Mais cette assistance peut également concerner bien d'autres domaines. En fait tout événement regroupant un grand nombre de participants : spectacles, bals, manifestations, meetings.... Les Clubs CB deviennent alors de véritables sociétés de gardiennage. Il s'agit toujours d'une activité bénévole mais certaines associations sont organisées comme de véritables PME. Pour couvrir leur frais les clubs se font payer 200 à 500 francs par voiture engagée. Ils en profitent également pour organiser des tombolas ou des soirées dansantes.

Les manifestations importantes ont souvent recours à plusieurs systèmes de radio-communication qui fonctionnent en simultané : PC Course assuré par les cibistes, PC Secours assuré par la Croix Rouge et PC Presse à la charge des médias. Si les autres PC sont souvent beaucoup plus sophistiqués, les cibistes ont l'avantage du nombre. Leur tâche essentielle est d'assurer la surveillance générale et la transmission d'information sur le déroulement de la course.Certaines compétitions d'envergure nationale attirent des milliers de personnes venues de toute la France. Les clubs s'occupent donc du radio guidage et d'informer les spectateurs de la circulation routière.

Dans les compétitions de moindre envergure,ils doivent par contre assurer l'ensemble des radiocommunication : les interventions urgentes et le service d'ordre leur sont également confiés.

Les clubs qui font de l'assistance doivent être déclarés à la préfecture et recevoir une autorisation spéciale. En contrepartie, ils ont le droit de monter un gyrophare sur leur véhicule. Beaucoup de cibistes ont une formation de secouristes et de commissaires de courses. Les clubs les plus riches disposent même de caravanes où elles établissent leur "PC", de 4*4 et de moto. L'Assistance radio nécessite souvent plus d'une dizaine de voitures relais, voire plusieurs centaines pour les manifestations d'envergure nationale comme la Marathon de Paris. Nous avons vraiment été surpris par l'implication des cibistes. Faire de l'assistance radio est une activité qui occupe très rapidement tous leurs Week End. S'ils sont prêts à s'investir autant dans cette activité bénévole, c'est que la plupart d'entre eux aiment beaucoup le monde sportif et l'univers de la compétition : c'est une façon d'approcher les champions et d'avoir l'impression de participer à la course : un loisir passionnant, valorisant et gratifiant : <<L'Assistance radio c'est un tiers de radio, un gros tiers de bonne cause, un petit tiers de rigolade, une pincée de frissons, un doigt de vraie galère et un zeste de frime.>>

Si les cibistes aiment jouer du gyrophare devant les foules ébahies, il ne faut pas en conclure qu'il s'agit d'une sinécure. Bien au contraire : cela demande énormément d'attention. <<Si on commet une erreur, elle peut avoir des conséquences catastrophiques. tant pour nous que pour les spectateurs>> Lors d'une récente assistance radio un cibiste a ainsi été brûlé au troisième degré en installant une antenne CB près d'une ligne à haute tension. Celle-ci a malencontreusement été projetée par une rafale de vent contre la ligne : le malheureux cibiste a reçut une décharge de 15 000 volt.

 

LE ROLE SOCIAL DES CIBISTES

Beaucoup de cibistes se plaignent de leur mauvaise image de marque : <<On ne parle jamais de nos grandes actions, mais dès qu'il y a un meurtre, on mentionne que l'auteur du crime était cibiste.>> Pourtant, bien que leur rôle soit souvent méconnu par les pouvoirs publics, les cibistes sont un formidable réservoir de solidarité au service de la collectivité humaine tant par des associations que par le biais des actions informelles.

Leurs activités vont du simple radio guidage occasionnel, à l'écoute permanente du Canal d'urgence ou au recueil de dons par la voie des ondes. En effet, la CB donne un incontestable pouvoir d'attraction et elle est inégalable pour faire circuler une information : il suffit de lancer une idée ou une proposition pour qu'elle soit aussitôt reprise à la ronde. Les clubs peuvent ainsi très rapidement mobiliser un grand nombre de personnes qui répercuteront l'appel, créant une véritable chaîne de solidarité. Nous pouvons énumérer une foule d'événements les plus divers pour lesquels la CB a joué un grand rôle : lutte contre les feux de forêt, recherche d'enfant en fugue ou kidnappé, recherche de donneurs de sang ayant un groupe rare, arrestation de malfaiteurs....

Lors des catastrophes naturelles pendant lesquelles toutes les infrastructures de télécommunication ont cessé de fonctionner, les cibistes deviennent avec les radio amateurs le seul moyen de communication. Ils se sont notamment mobilisés pour la ville de Vaison la Romaine lors des catastrophiques inondations de septembre 92.

Leur action la plus médiatique, les cibistes la mène depuis 1986, avec le Téléthon. Plus d'une centaine de clubs y participent. Ils s'occupent notamment d'assurer l'assistance radio des épreuves sportives ainsi que du transport des personnes handicapées au siège des différentes télévisions régionales participant à la manifestation.

Les cibistes ont également été d'un très grand secours pour épauler en 1988 l'opération "Si tous les ga's du monde.." lancée par le commandant Cousteau lorsque l'exploitation des ressources minières de l'Antarctique, dernière Terre vierge du globe a été d'autorisée. Ils lui ont ainsi permis de recueillir une bonne partie des 400 000 signatures reçues. Toutes les signatures ont été présentées au siège des Nations Unies à l'automne 93 et ont permis d'obtenir un nouveau moratoire.

Toutes ces activités bénévoles sont souvent lancées par des personnages haut en couleur, cibistes passionnés, qui ont décidé de mettre leur vie et leur TX au service de l'humanité. Le premier de l'histoire de la CB, le colonel Ernie O'Gaffeney, plus connu sous l'indicatif Freddy,. Chef d'escadrille dans l'"US Army" pendant la seconde guerre mondiale, a parcouru les océans avec son bateau l'"Hospital Clinic", collectant de l'argent au cours des escales et le redistribuant dans les pays du tiers monde. Pierre Ribes, avec les voiliers de l'espoir, Hubert Montailloux avec Radio Assistance Terre Mer, et bien d'autres dont Jean Luc Cury, fondateur de l'association SOS Carole, une des plus actives en ce moment.

SOS CB Carole

 

SOS CB Carole c'est une bande de copains qui ont décidé de mettre leur énergie au service de la collectivité et de mener des actions humanitaires tous azimuts. SOS CB Carole, c'est également l'histoire d'une poignée de gros durs au coeur tendre, réunis autour d'un leader charismatique. Il faut dire qu'ils ont vraiment fière allure quand ils arrivent sur leurs grosses motos avec leurs tee-shirts à l'effigie de l'association.

Défis sportifs et opérations humanitaires

SOS CB Carole est l'une des principales et des plus attachantes associations de cibistes. Elle rassemble une cinquantaine d'associations locales totalisant plus de 2000 adhérents et une quinzaine d'associations étrangères (de Suisse de Belgique mais aussi du Canada ou des Etats-Unis). Ses dirigeants espèrent qu'elle sera bientôt reconnue d'Utilité Publique. Sa principale activité consiste à assurer l'assistance radio d'épreuves sportives en plein air et à utiliser l'argent ainsi recueilli pour lancer des opérations humanitaires. Paris Dakar, Grand prix Camion, 24 heures du Mans, rallye de Monte Carlo.... Il n'y a guère de grande compétition à laquelle n'aient participé les SOS CB Carole.Leur succès, ils le doivent en grande partie à leur dynamisme : en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, ils sont capables de mobiliser des convois de plusieurs dizaines de voitures.

La section d'Ile de France assure à elle seule plus de 50 assistances radio chaque année dont certaines mobilisent plusieurs dizaines de cibistes venus de différents départements. Leur rôle est loin de se limiter au suivi radio des courses mais concerne toutes les étapes intermédiaires de la préparation : équipement des voitures en moyens de radio-communication, coordination des différents intervenants en présence : SAMU, Police,....

La plupart des membres de l'association possèdent d'ailleurs la licence de commissaire de piste.

Aussi souvent qu'il le faut les SOS CB Carole jouent un rôle d'auxiliaire des pouvoirs publics à qui ils prêtent main forte pour assurer la sécurité civile dans le département de Seine Saint Denis. Cette activité n'est pas de tout repos puisque cet endroit est une des principales zones à risque de France à cause des nombreuses autoroutes et zones industrielles qui entourent Bondy : accidents de la route, accidents du travail...

Grâce à toutes ses activités, SOS CB Carole est une association très bien implantée au niveau local où elle bénéficie du soutien intégral du Sénateur-Maire de la ville de Bondy, Claude Fuzier, lui-même ancien spécialiste des radio-communications pendant la seconde guerre mondiale.

Ils ont connu l'apothéose de la reconnaissance officielle en assurant la sécurité de François Mitterand lorsque celui-ci est venu inaugurer la nouvelle Bibliothèque de Bondy. Pour les récompenser de leurs services et leur permettre une plus grande efficacité, les pouvoirs publics les autorisent à utiliser un matériel professionnel(postes Radio Amateurs et VHF).

L'opération "Sauvez Carole"

Une bande de copains qui s'amusaient en modulant, décident un beau jour de 1979 de fonder une association, "Les Lions du 93", comme on les appelait à cette époque, et se lancent dans l'assistance sportive. Très vite, ils décrochent le gros lot en participant à des épreuves aussi importantes que le Paris Dakar ou les 24 heures du Mans. Mais bientôt se fait sentir le besoin d'avoir une action plus impliquée socialement : "On sentait confusément qu'on avait entre les mains une force qui permettait de mener beaucoup d'autres choses que de la simple assistance radio." C'est ainsi qu'en 1983 les "Lions du 93" lancent leur première opération humanitaire : il faut transporter 1500 personnes âgées de leur ancienne maison de retraite dans la nouvelle. Malheureusement la direction des affaires sociales de la région ne dispose pas de suffisamment de véhicules pour réaliser une telle opération. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, un convoi de plus de 500 voitures est organisé.

L'année suivante, l'affaire Carole marquera leur véritable entrée sur la scène publique et leur donnera leur nom actuel. La petite fille d'un cibiste de Béziers, Carole, souffre d'une malformation congénitale appelée l'atrésie des voies biliaires. Une opération est indispensable. Hélas, elle ne peut être effectuée qu'aux Etats-Unis, coûte la bagatelle d'un million et demi de francs lourds et n'est pas remboursée par la Sécurité Sociale. Réveillé en pleine nuit par un ami qui lui apprend la nouvelle, Jean Luc Cury décide de mobiliser <<ses ga's>> pour sauver la petite Carole. Dès le lendemain les quelques 200 membres de l'association se mettent à l'oeuvre, lançant des appels généraux à travers les ondes.

Jean Luc Cury est encore étonné du résultat : " 24 heures après avoir lancé nos premiers SOS on commençait déjà à recevoir de l'argent et au bout d'une semaine toute la presse parlait de la petite Carole." C'était la première fois en France que les Français réalisaient le douloureux problème des transplantations : "La médecine pouvait sauver Carole, mais l'Etat ne voulait pas payer."

Tous les moyens sont bons pour récolter les dons : urnes vitrées dans la rue, soirée de gala....L'argent afflue très vite de toute part. C'est la panique générale. "Nous étions obligés de former des convois et de nous armer pour transporter l'argent. J'ai souvent du dormir avec plus de 200 000 francs sous mon lit, en gardant un revolver à portée de main."

En moins d'un mois, plus de 2,3 millions de francs sont récoltés, dont 70% par les seuls cibistes. Un tel succès ne va pas sans déplaire aux professionnels du Charité-Business et aux pouvoirs publics qui leur mettent rapidement des bâtons dans les roues. Procès d'intentions et procès devant les tribunaux se succèdent. "Heureusement le peuple était avec nous."

Après quelques semaines de péripéties, la petite Carole s'envole enfin vers les Etats-Unis. Trop tard!!! Elle meurt quelques jours avant d'être opérée. Et voilà cette petite association dont personne n'avait jamais entendu parler quelques mois auparavant avec plus de 2 millions de francs sur les bras et 1700 articles de presse soigneusement découpés et rangés dans le livre d'or. Que faire? Jean Luc Cury décide que l'aide aux transplantations d'organes sera la mission de son association : <<Sa mort ne doit pas être inutile et nous ne permettrons plus jamais que des enfants meurent alors qu'ils pouvaient être sauvés.>> Les politiciens continuent de bouder l'association, mais elle est fermement aidée par quelques pontes de la médecine comme le professeur Michel Carcassonne. Les voilà donc qui s'informent auprès des grands professeurs, font des conférences dans les principales villes de France. Les 2 millions de Francs permettront de financer en 1985 un bloc opératoire complet pour l'Hôpital de la Timone à Marseille

Depuis lors SOS CB Carole est de toutes les opérations humanitaires: Roumanie en 85, Sinistrés du Vaucluse, Pompe à eau pour le Sahel en 89...A chaque année sa grosse opération humanitaire. Quand Coluche lance les Restos du coeur en 1985 c'est à ses potes de "SOS Carole" qu'il fait appel : un PC radio est installé dans l'Ecole Supérieure de Commerce pour centraliser les dons. L'année suivante ils participent au lancement du Téléthon, la première grande manifestation en faveur des myopathes.

Jean Luc CURY

Jean Luc Cury est le leader incontesté et charismatique de l'association SOS CB Carole. La CB et lui, c'est une histoire d'amour d'un quart de siècle. Elle a rythmé sa vie et lui a tout fait découvrir; c'est par elle qu'il a connu ses plus grandes joies et ses plus grandes peines. Jean Luc Cury est intarissable sur le rôle de la CB. Venu pour un bref entretien j'y suis resté 4 heures d'affilée. Comme tant de cibistes passionnels, Jean Luc Cury est un militant : il est de toutes les causes, de tous les grands combats, quitte à devenir parfois un peu démagogue et paternaliste.

Successivement coursier, caissier au Golf Drouot, motard, Radio Amateur, Jean Luc Cury est surtout un des pionniers de la CB qu'il pratique depuis 1968. Comme la plupart des membres de SOS CB Carole c'est l'amour des sports mécaniques qui l'y a conduit.

Il collabore régulièrement avec l'ensemble de la presse spécialisée et notamment à "QSO Magazine", tout en se tenant soigneusement à l'écart des milles et une querelles du monde associatif. Tout le temps en déplacement, ou en train de mobiliser les membres de son association, Jean Luc Cury ne module plus depuis deux ans. Son rêve aujourd'hui serait de pouvoir lancer un convoi humanitaire vers Sarajèvo.

LES INSTITUTIONS DE LA CB

1ére partie :LA VIE ASSOCIATIVE

"Expédition aux Iles Canaries organisée par les Alfa Tango.... 5000 signatures recueillies par la Citizen Band Cognacquaise pour la pétition du Commandant Cousteau.... Le Club des Cibistes Cool vous annonce le mariage de Pépino avec Colombes.....Grand bal visu organisé par l'Amicale radio de Sarcelle, tombola géante avec de nombreux TX à gagner...Il suffit d'ouvrir un magazine spécialisé pour vous rendre compte de milles et une activités associatives suscitées par la CB.

Il existe quelques 1500 associations de cibistes défendant toute sorte de causes et menant les actions les plus diverses. Loin d'être seulement un phénomène de consommation, la CB a tenté de se constituer en mouvement organisé. Comme le souligne Dominique Boullier dans son étude de 1984, il n'y a guère de hobbies qui aient suscité une telle ardeur associative.

Pour nombreuses qu'elles soient, ces associations ne regroupent en fait qu'une infime partie des cibistes : 30 000 sur les 2,5 millions estimés par le ministère des Télécoms. Il existe certes deux fédérations nationales la FFCBL et la FFCBAR auxquelles sont affiliées 600 associations. Mais ces fédérations restent relativement symboliques n'entretenant guère de rapports avec leurs clubs dont la plupart ne possèdent d'ailleurs qu'une petite dizaine de membres. Il en meurt et il en naît chaque mois plusieurs. Le milieu associatif cibiste n'a donc rien de comparable avec celui que l'on trouve dans d'autre secteurs de la vie sociale comme la pêche ou la chasse.

Les activités conviviales:

Si la plupart de ces associations se consacrent à des buts utilitaires, elles organisent également des activités plus conviviales : les bals-visus, les rallies et les chasses au renard, notamment. Ce sont de véritables parties de plaisir qui se terminent comme chez tout bon Français qui se respecte par un bon <<Gastro solide>> à l'auberge du coin.

Les bal-visus, c'est clair, on y danse avec un petit côté rétro et bon enfant qui plaît particulièrement en milieu rural.

Les Rallies sont des jeux de pistes en voiture. Les participants doivent résoudre une énigme et chercher les indices semés par les organisateurs le long du parcours afin d'arriver le plus vite possible au but: ils rencontrent des indices du style"La prochaine étape se situe dans la forêt qui a servi pour tourner le film La belle et la bête.>>. Ils doivent donc trouver l'emplacement exact de cette forêt en interrogeant les habitants. Bien sûr, ce jeu se pratique aussi sans CB, mais celle-ci y ajoute du piquant et de la sophistication. Il est très répandu dans les milieux de bourgeoisie de province où il sert à organiser des rencontres entre jeunes célibataires.

La Chasse au renard est un jeu de piste qui consiste à cacher un émetteur dans la nature et à le retrouver à l'aide de "portables" : plus le signal est fort plus on se rapproche. Ce n'est pas si simple que cela peut paraître et nécessite parfois de nombreuses heures de recherche, en pataugeant dans la boue et en traversant des amas de ronce. Pour corser le jeu et le rendre plus difficile certains font de la rétro-propagation : dans ce cas là plus le signal est faible plus on se rapproche du but.

Pour mieux se faire connaître de la population les clubs organisent fréquemment des salons. Il ne se passe pas un mois sans que la presse spécialisée n'en annonce. Toutefois, malgré leurs dénominatifs ronflants à souhait, on est bien loin des manifestations organisées à la Porte de Versaille

Le plus connu, le salon Saradel, qui a lieu chaque année dans la banlieue Parisienne, réunit à grand peine 5000 visiteurs. Les autres regroupent tout au plus une petite dizaine d'exposants et quelques centaines de visiteurs. Biache...Saint Vaast.... Saint Just en Chaussée...Bouroeil....Muret.... A croire que les cibistes prennent un malin plaisir à organiser leurs salons dans les lieux les plus perdus et où se rendre relève de l'expédition. Heureusement qu'il y a les radio-guidages pour mener les visiteurs à bon port. Le choix de ces villages reflète par ailleurs l'origine essentiellement rurale de la pratique de la CB.

Le nombre de revues spécialisées vendues en kiosque est étonnant : Radio CB Magazine, CB Connection, France CB, QSO Magazine (cette dernière vient de cesser de paraître). Cependant seule l'une d'entre elles, "Radio CB Magazine", avec 30000 exemplaires vendus, a réussi à dépasser les marges de la confidentialité, les autres vendues à moins de 10 000 exemplaires ne doivent leur survie qu' à l'aide des fédérations ou des importateurs.

Il existe d'ailleurs de subtils liens économiques et idéologiques entre fédérations, importateurs et revues, chacune s'associant avec les uns contre les autres.

Ces luttes intestines nuisent à leur crédibilité et n'oeuvrent pas en faveur de la reconnaissance officielle de la CB : <<Comment voulez-vous discuter avec des interlocuteurs qui ne sont jamais d'accord entre eux>>, me confia un jour un responsable du Ministère.

LES FEDERATIONS

La FFCBL et la FFCBAR sont les deux principales fédérations Françaises. Nouvelle venue à la table des négociations, la FFCBL a mis beaucoup de temps avant de se faire admettre comme un interlocuteur valable. Grâce au dynamisme de son président, elle apparaît aujourd'hui comme la plus actives des deux fédérations. Signalons également quelques associations nationales comme SOS CB ou l'Association Française des Amateurs radio, l'Association Radio Assistance Secours ou Canal 9.

Chacune des deux fédérations se revendique comme la seule instance représentatrice du mouvement cibiste. Avec sensiblement le même nombre d'adhérents, environ 10 000, ni l'une ni l'autre ne peut prétendre à une véritable légitimité et elles pèsent peu de poids dans les négociations avec les pouvoirs publics. Elles sont dans des procès à rebondissements depuis plus de dix ans, s'accusant mutuellement d'usurper la place de l'autre et s'insultant par revue interposée. Tout a commencé en 1984 quand la première FFCBL fut dissoute et remplacée par la FFCBAR. Une partie des membres, menée par Jean D'avignon et André Antonio refusa de joindre la nouvelle fédération, présidée par Orphée Aliaga et restaural'ancienne. Depuis les procès pour détournement de fonds, diffamations... n'ont plus cessé.

LA FEDERATION FRANCAISE DE CB LIBRE

Avec l'aide de Jean François Bras, seul salarié de la FFCBL, Tonton 12, son infatigable président répond aux dizaines de coups de téléphone et la quarantaine de lettres reçues quotidiennement. La CB fonctionne en permanence dans les locaux de la FFCBL, une façon comme une autre de se tenir au courant de la vie locale, mais aussi de répondre aux appels d'urgence.

Une de ses principales activités est l'assistance juridique à ses membres, traînés devant les tribunaux par des policiers pointilleux ou des voisins irascibles. Adhérer à une fédération est souvent la meilleure solution pour être protégé en cas de litige avec l'administration. Jean François Bras qui s'occupe de défendre les adhérents n'en revient pas de l'animosité des Français envers les cibistes <<on trouve beaucoup de personnes qui nous détestent et sont prêtes à nous faire porter tous les péchés du monde, c'est tout juste s'ils nous prennent pas pour des ploucs.>>. En 1993 des cibistes ont même été grièvement blessés par un voisin irascible qui les accusait de brouiller son téléviseur. L'affaire avait fait grand bruit parce que c'était la première fois qu'un particulier utilisait un laser comme arme de combat.

La CB entrant dans les moeurs, les procès sont heureusement moins fréquents aujourd'hui qu'il y a quelques années : une quinzaine en cours contre plus d'une centaine à la fin des années 80. Ce qui n'empêche pas les jurés de prononcer des peines très lourdes : même si leurs postes sont parfaitement en règle, certains cibistes, mal défendus devant les tribunaux, peuvent écoper de 15 000 francs d'amende.

Longtemps somnolente la FFCBL a été stimulée par le boum de 92 et ses effectifs ont été multipliés par 3 ces deux dernières années. Elle s'est associée depuis 1992 à une maison d'édition de Tulles, Procom, pour publier le mensuel CB Connection, devenu aujourd'hui deuxième titre de France, avec ses 45 000 exemplaires diffusé en kiosque et 10 000 exemplaires vendus d'après les NMPP.

Les principales revendications de la FFCBL, notamment appuyée par les députés Godfrain et Murat, concernent l'extension à 120 canaux, afin de désengorger le 27 dans les grandes villes et de permettre de plus grande distance d'émission. La fédération réclame aussi la reconnaissance officielle du DX et du rôle social des cibistes ainsi que le droit à l'antenne : celui-ci autoriserait toute personne qui le souhaite à installer une antenne sur le toit de son habitation, comme peuvent déjà le faire les radio amateurs. En effet si tout un chacun est libre d'installer une antenne dans sa maison individuelle, les habitants d'immeuble doivent recevoir le feu vert de leurs copropriétaires. Ce qui, avec la mauvaise image des cibistes et les légitimes craintes de brouillage, n'est pas de tout repos, on s'en doute.

Si les cibistes ont des droits à défendre, ils ont également des devoirs à respecter. Tonton 12 fait parti des puristes, il est profondément écoeuré par le désordre qui règne sur le 27 MHz, désordre qui risque de mettre en péril son utilisation. <<Il n'est pas acceptable de rencontrer des gens intolérants sur les ondes.>> Il milite pour un modèle très encadré de la CB, responsabilisant davantage ses utilisateurs : attribution d'un canal à chaque type d'activité, interdiction de diffuser des messages anti-civiques, sanction contre les auteurs de porteuse.... Tonton 12 va encore plus loin, il souhaiterait qu'il existe une fédération nationale, à l'instar de celle que l'on trouve chez les pêcheurs ou les chasseurs, à laquelle chaque cibiste serait obligé d'adhérer pour obtenir son <<permis de moduler>>.

André Antonio dit Tonton 12

Nous avons rencontré Tonton dans un petit salon du nord de la France où il tenait le stand de sa fédération. La cinquantaine bien portante et le verbe du sud. Qui croirait avoir affaire à un grand handicapé? Tonton 12 est affecté depuis 20 ans d'une très grave maladie qui le cloue au lit plusieurs jours par mois. Courageux, cela ne l'empêche pas de trouver assez d'énergie pour parcourir des milliers de kilomètre à bord de son camping car avec sa femme Marie et son chien Princesse afin de porter la bonne parole, tenir un stand dans un salon ou participer à une Assemblée Générale.

Président de la FFCBL depuis 1986, Tonton 12 consacre toute son énergie à la promotion de la CB. Celle-ci a si bien envahi sa vie qu'il a même aménagé la plus grande partie de sa maison pour recevoir les locaux de la fédération. Devant sa CB qu'il n'éteint jamais Tonton 12 est comme un poisson dans l'eau et il n'hésite pas une seconde à interpeller les stations pour leur faire la morale ou vanter les mérites de sa fédération. C'est un véritable plaisir de le voir dans son Aveyron, natal : il connaît tous les cibistes du département et discute avec fougue des dernières nouvelles de la vie locale.

A part Orphée Aliaga, son éternel rival et président de la fédération concurrente, tout le monde aime Tonton 12, sa force combattante attire toute les sympathies : <<C'est quelqu'un de bien qui a de véritables idéaux >> Il a deux armes secrètes : son charisme et sa pugnacité. C'est son bagout qui lui a permis d'entraîner dans son sillage le député de l'Aveyron, Jacques Godfrain, défenseur acharné de la CB et de la moto à l'Assemblée Nationale, ainsi qu'un éditeur local, Philippe Clédat, aujourd'hui directeur de publication du magazine CB Connection. Jovial et d'un caractère bon enfant, Tonton 12 sait également être ferme dans les négociations : <<Nous ne sommes pas là pour faire du gastro liquide.>> comme il se plaît à le répéter. Son métier d'inspecteur divisionnaire en Assurance l'a mis particulièrement au fait des astuces juridiques pour se battre contre les pouvoirs publics.

C'est en 1982 grâce à la visite d'un neveu cibistes que Tonton 12 a découvert sa passion. Avec elle il renoue avec ses premières amours du temps de son service militaire lorsqu'il était responsable des transmissions de l'Armée en république Centrafricaine sous les ordres du Général Bigeard. C'est le véritable coup de foudre et aussitôt il va créer l'Association des Cibistes Libres Aveyronnais (ACLA). Avec 300 membres c'est un des plus important clubs de France. Atteint d'une grave maladie des muscles, Tonton 12 sera mis en invalidité totale à partir de 85. Il ne se laisse pas abattre et finalement cette épreuve donnera une nouvelle dimension à sa vie. Il reprend aussitôt le flambeau de la FFCBL, fédération créée quelques années auparavant par Jean D'Avignon : <<j'allais pas passer le reste de ma vie devant la télévision.>> Et comme toutes les grandes passions deviennent des affaires de famille, Marie sa femme et sa chienne Princesse le rejoignent dans l'aventure.

Malgré l'envergure de son entreprise, comme beaucoup des cibistes d'avant 1992, Tonton 12 regrette la l'âge d'or de la CB lorsqu'elle était véritablement conviviale. <<Dans les années 80, on pouvait passer une nuit blanche à discuter entre copains alors qu'aujourd'hui la CB est devenue le miroir de la bêtise humaine. >>

LA FFCBAR et Orphée Aliaga

La FFCBAR regroupe quelques 300 associations à travers la France dont les plus connues sont "Canal 9" de l'Automobile Club de l'Ouest et une association de DX, les India Fox qui regroupe quelques 7000 membres à travers le monde.

A quelques kilomètres du zoo de Sigeans, dans une région encore complètement rurale, se trouve la demeure d'Orphée Aliaga, un ancien restaurant de cibistes transformé en véritable arsenal électronique. Elle est tout à la fois le siège de deux fédérations(la FFCBAR et l'European CB Federation), d'une revue et de la maison d'édition "Spirale" : chiffre d'affaire 3,5 millions de francs par an. Cartes "QSL", ouvrages techniques, revue France CB... Orphée vend de tout.

C'est en 1978, lorsqu'il était représentant d'assurance, qu'il a découvert la CB. La première fois qu'Orphée, Nautilus de son indicatif, modula avec le poste d'un collègue il fût tellement intimidé qu'il n'osa pas prononcer la moindre parole. Puis il a compris tout le parti qu'il pouvait tirer d'un tel engin et il s'est rué dans le premier magasin de CB venu pour acheter non pas un mais cinq postes différents. La CB, il lui doit tout c'est même grâce à elle qu'il a rencontré sa femme Lys. Comme beaucoup de cibistes, Orphée rêve de devenir radio amateur. Mais il n'a jamais eu le temps de passer ses licences; il se contente donc d'écouter.

Orphée a l'âme d'un leader et la convivialité ne lui a pas suffit très longtemps. Un beau jour il décida de se lancer dans l'aventure, il crée sa fédération, abandonne son métier et investit toutes ses économies dans du matériel informatique. Vu de loin cela semble simple : on a une passion, on s'y consacre. En réalité il a dû faire beaucoup de sacrifices mais ça en valait la peine et c'est un métier autrement plus palpitant que celui de rédacteur de police d'assurance. C'est d'ailleurs très rapidement devenu une passion contagieuse

Derrière les ordinateurs, l'ensemble de la famille Aliaga est au grand complet : Lys sa femme n'est autre que la rédactrice en chef de "France CB". Nathalie sa fille aînée s'occupe du secrétariat de rédaction et les 3 plus jeunes filles n'hésitent pas à mettre la main à la pâte. Orphée dirige sa petite tribu familiale au doigt et à l'oeil. C'est un homme du sud capable des plus grandes amitiés comme des plus grands coups de gueule : il peut vous inviter à manger puis vous menacer d'un procès dans le quart d'heure qui suit.

La propriété de la famille Aliaga, <<Le Lac>> est à la fois leur lieu d'habitation et de travail. Plus qu'une entreprise, on dirait une véritable tribu "High Tech", vivant en autarcie au milieu du désert. Ce n'est guère facile de monter une entreprise du troisième type, dans un si petit village. La famille a donc décidé de tout prendre en main, depuis la rédaction jusqu'à l'envoi des 3000 courriers mensuels. Seule l'impression est confiée à un imprimeur local. Lys Cazeneuve est devenu l'experte de la région en logiciels de mise en page et de comptabilité. s

Mac Intosh dernier cri, modems reliés à tous les ordinateurs... Et même une machine de flashage coûtant plusieurs dizaines de milliers de francs. Guère présente sur la scène Française, la FFCBAR se bat davantage au niveau Européen. Représentant de la Fédération Européenne de CB à l'ETSI depuis 1989, Orphée court les capitales pour faire reconnaître officiellement la CB. En relation avec des centaines d'associations à travers le monde, Orphée a même du prendre un traducteur à domicile. Son entregent mondain lui permet d'avoir toutes les informations 24 heures avant les autres associations.

Nous sommes bien loin de la FFCBL et de son militantisme de terrain. La FFCBAR, est une association d'experts. Tout oppose la bonhomie de Tonton 12 aux visées stratégiques d'Orphée Aliaga. Ne mentionnez surtout pas devant lui l'existence de son éternel rival, Orphée va se mettre dans tous ces états. "Quand j'entends parler de lui, c'est physique!!"

3ème partie :Le marché économique de la CB

Comme dans le reste du secteur électronique, il n'existe quasiment aucun fabricant Européen de CB. Celle-ci représente en effet un marché bien trop aléatoire et éphémère pour qu'un industriel s'y aventure. De plus le prix de la plupart des postes ne dépasse guère les 2000 francs : pour atteindre des coûts aussi bas, ils ne peuvent donc être fabriqués que par de la main d'oeuvre bon marché. Les Japonais qui en ont un quasi monopole font fabriquer les postes en Asie (Philippine, Taiwan et Chine Populaire).

Quatre importateurs se partagent le marché Français : President, Dirler, Euro CB et CRT. President possède à lui seul 60% des parts de marché et ses postes sont unanimement reconnus comme les meilleurs, les autres importateurs s'étant surtout spécialisés dans le petit matériel.

Pour la seule année 1993, ce ne sont pas moins de 700 000 postes qui ont été vendus en France, générant un chiffre d'affaire total d'un milliard de francs, presque autant que l'ensemble des 10 années précédentes. Dynamisés par un marché intérieur très actif la plupart des importateurs Français travaillent également à l'international et notamment en direction des ex-pays de l'est où la CB pallie aux déficiences du réseau téléphonique.

La plupart des importateurs de CB ont également d'autres activités dans le domaine des radiocommunications. "Président Electronic Europe" vient de se constituer en holding en diversifiant ses activités : radiotéléphone, services aux entreprises,postes VHF, gestion des transports...Quant à la société Dirler, elle commercialise un dispositif de localisation de véhicule par Satellite, Localis.

Les relations ne sont pas au beau fixe entre la DGPT (Direction Générale des Postes et Télécommunications) et les importateurs et les revues. Plus que les associations, ce sont les importateurs qui constituent un groupe de pression important auprès du ministère des Télécom et de son service spécialisé, la DGPT. Cela ne les empêche pas de se plaindre du manque total de transparence des pouvoirs publics. Pour mieux se faire entendre une partie des importateurs ont constitué en avril 93 un syndicat commun, le Syndicat des Professionnels des Radiocommunications de Loisir.

Leur principal motif de mécontentement concerne la taxe dont il doivent dorénavant s'acquitter eux-mêmes : celle-ci est directement prélevée à l'entrée en douane avant même que les postes soient vendus. Cela les oblige à assumer tous les risques de la commercialisation. Ils se plaignent également des délais d'homologation de 6 mois, qui les gênent considérablement dans la mise sur le marché de nouveaux produits.

De leur côté, les revues, et notamment Radio CB magazine, sont, elles aussi, régulièrement condamnées pour publicité déguisée de matériel non homologué. Afin de stimuler le marché et de répondre à des clients toujours plus exigeants, les importateurs proposent des postes de plus en perfectionnés et donc plus susceptibles d'être hors normes. Leur succès commerciaux de l'année 93 a suscité la curiosité du FISC. Celui-ci vient de s'apercevoir que la société Dirler avait omis de reverser à l'Etat les 8 millions de francs de taxes qu'il avait collectés auprès des acheteurs de postes CB.