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Stefan Jaffrin

Les Télécommunications au service des pays en voie de développement


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Les télécommunications sont devenues le centre nerveux de l'économie mondiale. Un nouveau défi pour les pays du tiers monde, aux réseaux parfois presque inexistants. En s'équipant à tour de bras, les pays nouvellements industrialisés du sud est asiatique montrent cependant tous les avantages qu'on peut tirer de ce bond en avant.

Nous ne pouvons plus imaginer de vivre sans téléphone. Pourtant c'est encore la situation que vivent la plupart des habitants du tiers monde. Les pays industrialisés, c'est à dire un quart de la population mondiale, possèdent à eux seuls 75% des moyens de télécommunication.

Dans de nombreux pays d'Afrique noire, il est tout bonnement impossible d'être raccordé au réseau téléphonique en dehors des grands centres urbains. Et quand cela est possible, il faut parfois attendre plus de dix ans. Quant aux réseaux existants, ils sont souvent de si mauvaise qualité, qu'on ne peut pas envoyer la moindre télécopie. Dans certains pays comme au Nigéria, il faut s'y reprendre jusqu'à cinq fois avant de pouvoir joindre son correspondant.

Les pays d'Afrique Noire sont les plus mal équipés avec un téléphone pour 200 habitants, un taux d'équipement qui correspond à celui de la France du début du 20éme siècle. Le Zaïre et le Tchad arrivent bon derniers avec un téléphone pour 1500 habitants. L'Asie et les pays du Magrebh ont quant à eux un ou deux téléphones pour 100 habitants. Les pays d'Amérique du sud caracolent largement en tête avec un téléphone pour dix habitants, le taux d'équipement de la France dans les années 60.

Les télécommunications, centre nerveux de l'économie

Longtemps les pays en voie de développement ont négligé les télécommunications pour se consacrer aux grands équipements industriels, type sidérurgie ainsi qu'à leur besoins vitaux : agriculture, santé. Et ce n'est que dans les années 80 qu'on a pleinement pris conscience de l'importance des télécommunications dans le développement économique. Une première conférence mondiale consacrée à la question s'est réunie en 1985 à Arusha. Elle déboucha sur la rédaction du rapport Maitland préconisant le téléphone pour tous d'ici l'an 2000.

Avant de s'installer dans un pays une multinationale est de plus en plus attentive au bon fonctionnement des réseaux de communication. Un réseau de télécommunication efficace est donc une condition fondamentale du développement économique. Une condition que peu de pays sont en fait en mesure de satisfaire.

Il existe une corrélation presque parfaite, du nom de courbe de Jipp, entre le PIB d'un pays et son nombre de lignes téléphoniques pour 100 habitant : plus un pays est riche plus de lignes il possède. Toute la question est de savoir si c'est le PIB qui entraîne l'augmentation du nombre de lignes disponibles ou si le développement des télécommunications suscite une croissance économique. Les avis sur ce sujet sont partagés, mais des études de l'Union Internationale des Télécommunications (1983) ont démontré qu'une croissance de 1% du nombre de personnes équipées engendrait dans les cinq années suivantes une augmentation de 3% du PIB par habitants. Des études plus récentes ont même établi que plus un pays était sousdéveloppé, plus le progrès de son infrastructure de télécommunication accélérerait sa croissance économique.

Pour Alvin Toffler, célèbre futurologue et auteur du récent "Les nouveaux pouvoirs", "il faut entreprendre une véritable croisade de la communication grâce à laquelle les pays du tiers monde vont pouvoir brûler les étapes du développement en passant de l'âge de la pierre à l'âge des réseaux.." Un appel que semblent avoir entendu bon nombre de pays en voie de développement où les télécommunications connaissent une véritable explosion , atteignant des rythmes de croissance de 10 à 25 % par an dans de nombreux pays c'est à dire une croissance cinq fois plus rapide que dans les pays industrialisés. De plus, ces pays s'équipent directement avec du matériel de pointe, sans connaître les étapes intermédiaires : opérateurs manuels, commutation électromécanique. C'est ainsi que la Chine va directement passer à l'ère du satellite, une solution nettement moins coûteuse que les traditionnels poteaux électriques.

Mais seuls les pays Nouvellement Industrialisés possèdent l'argent nécessaire pour financer la modernisation des télécommunications et les autres doivent donc recourir à l'aide de la Banque Mondiale . Celle-ci apporte ainsi jusqu'à la moitié des investissements nécessaires. C'est également ce que font de nombreux pays occidentaux : quand une entreprise Française comme Alcatel, décroche un contrat avec un pays en voie de développement, la France en finance jusqu'à la moitié au titre de l'aide au développement. Ce soutien s'avère cependant largement insuffisant, puisque selon le secrétaire général de l'UIT, Jean Jipguep, il faudra multiplier par 100 les sommes investies actuellement pour permettre aux pays Africains de combler leur retard. Pour les responsables d'Alcatel, les firmes ont même de plus en plus de mal à trouver des pays qui peuvent payer.

Une solution vivement encouragée par la Banque Mondiale, pour attirer davantage de capitaux, serait de privatiser les réseaux téléphoniques qui sont actuellement pour la plupart monopoles d'Etat. Seuls pour l'instant les pays d'Amérique Latine se sont engagés sur cette voie. Aux partisans de la déréglementation, les responsables locaux rétorquent que l'Etat, à l'exemple du système Français, doit assurer un certain dirigisme pour privilégier les investissements rentables à long terme. La privatisation entraînerait d'autre part la mainmise des multinationales sur les réseaux nationaux.

L'explosion asiatique

Selon François Gauthé spécialiste télécom du Centre Français du Commerce Extérieur, les Pays Nouvellement Industrialisés d'Asie du Sud Est, en plein décollage économique et encore largement sous-équipés sont le nouvel eldorado des télécommunications. Les réseaux de radiotéléphones sont devenus aussi courant à Singapour en Corée du Sud ou à Hong Kong qu'en Europe. La Corée du sud est à cet égard le pays le plus développé avec 30 téléphones pour 100 habitants, autant que l'Espagne et plus que le Portugal. Il y a 15 an, sa densité téléphonique était dix fois moins importante.

La concurrence des multinationales fait rage, d'autant plus que rares sont les pays du tiers monde qui possèdent leur propre industrie de télécommunication. Les Français arrivent en très bonne place dans la compétition : au cinquième rang sur le continent asiatique, ils atteignent cependant 50% de part de marché dans certains pays d'Afrique ou d' Amérique du Sud. Même France Télécom s'est lancée dans la bataille en décrochant ainsi la construction de la moitié du réseau Colombien.

Tandis que les quatre dragons d'Asie du Sud Est talonnent les pays occidentaux., l'Afrique Noire s'embourbe encore un peu plus. Une fois de plus on se retrouve dans la situation paradoxale où les pays qui auraient le plus besoin de développer leurs infrastructures sont justement ceux qui n'en ont pas les moyens. Et comme d'habitude la pauvreté entraîne la pauvreté.

Vers une délocalisation mondiale

Après la fabrication des tee shirts, c'est au tour des services d'être réalisés dans les pays en voie de développement. Grâce aux satellites et aux réseaux à haute densité type Transpac on assiste à une délocalisation du travail à l'échelle mondiale : saisie de données informatique, conception de logiciels, .... Alcatel CIT vient d'installer en Inde des liaisons satellitaires spéciales qui permettront à 50 entreprises de se connecter au réseau Transpac et d'échanger ainsi en quelques secondes des milliers de données informatiques : une aubaine pour les sociétés informatiques occidentales qui pourront travailler avec des ingénieurs indiens, dix fois moins bien payés.

Cette délocalisation ferait perdre quelques 30 000 emplois français selon une récente enquête du "Nouvel Observateur". Mais selon Jean Pierre Duport, délégué de la Datar, cette soustraitance a également un impact positif en permettant aux entreprises françaises d'être compétitives et de conquérir de nouveaux marchés.

Certains pays, comme la Thaïlande, les Philippines ou l'Ile Maurice, sont spécialisés dans la sous-traitance informatique off shore. La DATAR (Direction de l'aménagement du territoire et de l'Action Régionale) a envoyé à l'automne 91 une équipe d'expert dans les Philippines pour étudier ce phénomène. Il ressort de leur mission que les télécommunications entraînent seulement un surcoût de 25 % pour des salaires de trois à dix fois inférieurs à ceux pratiqués en occident.

Banque mondiale

C'est le principal organisme de financement de l'aide au développement des pays du tiers monde. La Banque Mondiale joue un très grand rôle dans le financement des télécommunications des pays les moins développés, auxquels apportant un cinquième des fonds nécessaires. En 30 ans, elle a injecté plus de 30 milliards de francs dans 54 pays différents.

Union Internationale des Télécommunications

Cette association dont le siège est basé à Genéve à pour mission d'établir des normes mondiales afin de rendre les différents systèmes de télécommunication compatibles entre eux.

Elle assure également une assistance technique aux pays en voie de développement et publie de nombreux rapports sur le rôle des télécommunications dans la croissance de croissance économique.

Pour en savoir plus

Banque Mondiale : Telecommunication, World Bank experience and strategy 1993

OCDE : Perspectives des télécommunications en 1993

Christiano Antonelli : La diffusion des télécommunications de pointes dans les pays en voie de développement OCDE 1991

Union Internationale des Télécommunications : Information, télécommunications et développement 1986

 

 

 

 

 

 

 


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