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Doctor NO   93

ENTRETIEN AVEC GEORGES NAHON

Consultant en télé-interactivité, Georges Nahon est également président d'honneur de l'Association Française de Télématique (AFTEL) et vice président du Club de l'Arche.

 

(Note de l'editeur 1999) En relisant attentivement les minutes de l'Aftel et du Club de l'Arche j'ai du mal à comprendre comment il faisait pour faire les 2 à la fois. Depuis qu'il est devenu président de Microsoft France, j'ai mieux compris pourquoi.

SJ : A-t-on réellement les moyens de faire face aux Etats Unis en matière d'Autoroute Electronique?


GN:
Il ne faut pas exagérer la domination Américaine et faire de l'auto- flagellation. Le terme d'Autoroute Electronique englobe deux choses très différentes : les réseaux d'information et les médias interactifs. Si nous sommes très en retard en matière de télévision interactive, nous sommes plutôt bien placés pour ce qui est des réseaux. Les Américains ont une avance considérable en matière de services électroniques grand public mais l'Europe et la France sont en pointe dans le développement des réseaux numériques. Le Minitel nous a donné dix ans d'avance. Avec ses 6 millions d'abonnés et malgré son relatif archaïsme, c'est aujourd'hui le principal réseau électronique du monde.

Ce qui nous manque c'est un véritable programme mobilisateur comme ont su le créer les Américains : il a suffit que le président Clinton lance son projet d'Autoroute Electronique pour que les entreprises de ce pays en fasse leur nouveau cheval de bataille.

SJ : Comment voyez-vous le développement du multimédia?

GN: Il faut bien distinguer trois choses dans les projets de multimédia: les CD ROM, les réseaux et la télévision interactive. Les CDRom vont connaître dans les prochaines années un développement très rapide à l'instar de ce qui se passe aux Etats Unis. La baisse de prix des lecteurs va susciter une demande beaucoup plus grande de la part du public.

Les autres projets nécessitent des décisions politiques et des investissements économiques. Si les nouveaux réseaux seront relativement faciles à mettre en place, grâce au savoir faire de nos éditeurs, la télévision interactive universelle va par contre demander beaucoup plus de temps. Il ne sera pas évident de passer d' un à 15 millions de foyers raccordés au câble. Autre question de poids : on ne sait pas exactement ce que le public souhaite regarder ni combien celui-ci est prêts à payer pour ces nouveaux services. Nous insistons donc sur la nécessité de créer une zone d'expérimentation afin de mieux connaître ses réactions et de limiter les risques d'échec avant de lancer des opérations de grande envergure.

SJ : Quels sont les moyens à mettre en oeuvre pour favoriser le développement des NTC en France?

GN:Il faut agir sur deux fronts : celui des réseaux électroniques et celui de la télématique. Il existe en France aussi de nombreux réseaux très performants comme Renater. Mais ceux-ci restent réservé à une élite professionnelle. Pour les rendre aussi performants que les réseaux Américains il faut permettre à tout un chacun d'y avoir accès.

L'avenir de la télématique c'est le micro-ordinateur. Or pour l'instant seul une minorité d'entre eux sont équipés de modems. Il nous faut donc une véritable politique de diffusion des modems à des prix beaucoup plus bas. Nous devons accèlerer également la numérisation des équipements téléphoniques et baisser les coûts d'accès au RNIS .

Il faut faire évoluer beaucoup plus rapidement le réseau télématique Français pour lui permettre de transporter l'image et le son. France Télécom devrait permettre des systèmes d'abonnement qui pourraient se substituer à la tarification au compteur. Si celle-ci est adaptée pour les utilisateurs occasionnels, elle handicape lourdement les gros consommateurs. Notre retard est également dû à la politique de France Télécom qui se contente de gagner de l'argent dans son rôle d'opérateur sans chercher suffisement à créer de nouveaux publics.