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Histoire de la Poste |
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Chapitre XV -Le prestige de l'uniforme![]() Le
« facteur » Joseph-Étienne Roulin peint
par Vincent van Gogh à Ales en 1888.
Museum of Fine Arts, Boston – Auteur : Égoïté – Œuvre tombée dans le domaine public.
« Les lettres de Vincent Van Gogh forment un document humain
bouleversant dont la lecture ne peut laisser insensible. Un
épisode de sa vie retint mon attention. En Arles, Vincent
s'était lié d'amitié avec un facteur
nommé Roulin. (…). Qui
était ce facteur? (…)
Ses enfants vivaient-ils encore? Mes recherches me permirent de
retrouver l'un deux : Mme Marcelle Roulin. Elle voulut bien me
recevoir, et je recueillis son témoignage, qui n'avait
jamais été sollicité.
(…) Elle grandit sans s'étonner des six toiles que Van Gogh avait données à Roulin et qui décoraient la chambre à coucher de ses parents, retirés à Lambesc. (…) C'est en 1895, croit-elle, qu'Ambroise Vollard – le marchand de tableaux qui sut pressentir la valeur des Impressionnistes, puis des Cubistes et des Fauves – écrivit à son père. Pour améliorer sa retraite proportionnelle, Roulin assurait alors la remise des télégrammes. Quand Vollard fit sa proposition, une crise de sciatique immobilisait notre « facteur », le privant ainsi de ce gain supplémentaire. Il accepta donc les 450 francs que lui offrait le marchand de tableaux. (…) Le peintre avait été probablement saisi par l'aspect peu banal de ce postier, mesurant près de deux mètres : Joseph Roulin, âgé alors de 47 ans, portant barbe châtain à deux pointes, ne pouvait passer inaperçu dans son bel "uniforme bleu agrémenté d'or". Pour tous ceux qui ont vu ses portraits, exception faite de quelques personnes connaissant l'histoire des uniformes dans l'Administration des Postes, Roulin est un facteur et, du reste, Vincent le dénomme toujours ainsi. Cet « homme plus intéressant que bien des gens » était, en fait, brigadier-chargeur en gare d'Arles, chargeant et déchargeant les sacs postaux. » J.-N. Prio, Revue des PTT du France,
n°2 (mai-juin, 1955)
Ce qui précède constitue bien une CQFD de l'impact de l'uniforme pour le public ! Dans
tous les pays, la Poste a attaché une importance
particulière à l’uniforme car
ses meilleurs ambassadeurs sont ses agents et en particulier les
facteurs. L’uniforme,
comme à l’armée, a varié selon le
degré de l’employé dans la
hiérarchie ; il pouvait être
onéreux, d’entretien difficile, mais sa
magnificence reflétait le caractère
envié des emplois de la poste… même si
parfois il semblait ne pas convenir aux postiers
eux-mêmes ! «
Nice le 15 octobre 1869
Monsieur le Directeur Général, Les soussignés, facteurs du bureau de Nice, préalablement autorisés par leur Directeur Comportemental et enhardis par la bonté toute paternelle que vous avez bien voulu leur témoigner lors de votre récente et mémorable visite, ont l'honneur de recourir collectivement à Votre puissante autorité pour que vous vouliez bien les autoriser à continuer, comme par le passé à se coiffer de la casquette dont ils se pourvoient du fournisseur de l'Administration au lieu du keppy (sic) que Monsieur le Directeur voudrait qu'ils portassent à l'avenir. Ce keppy (sic) pour élégant qu'il soit est incommode et gênant pour le service des facteurs de Nice qui en hiver sont surchargés de travail et forcés la plupart des temps de charrier sur leurs épaules des masses de journaux dont le poids varie de 12 à 18 kilog (sic). De plus la distribution du soir doit être faite dans de telles conditions de rapidité qu'on peut dire qu'elle s'effectue en courant, ce qui deviendrait impossible avec une coiffure moins dégagée que la casquette. L'expérience qui avait été faite des keppys (sic) il y a cinq ans les fit alors juger comme une entrave à la célérité du service : ils furent abandonnés et depuis la casquette leur fut toujours autorisée. C'est cette autorisation, Monsieur le Directeur Général, que les dits facteurs viennent solliciter de nouveau de votre incomparable esprit de conciliation. Ils savent tous qu'il y a des dispositions supérieure (sic) qu'il faut respecter, ils sont tous pénétrés de l'obéissance absolue qu'ils doivent aux ordres de leurs chefs immédiats, mais ils vous prient de considérer que dans le cas présent ça n'est plus le service qui est en cause, mais seulement une question de discipline qui peut être différemment jugée, car, quand il s'agit d'un bien public c'est toujours dans le sens le plus large qu'ils interprètent les règlements. Ils pourraient citer comme exemple la distribution qu'ils font journellement dans les étages supérieurs des nombreuses maisons de cette ville, non pourvues de concierges, ce qui ne devrait pas avoir lieu, s'ils se tenaient strictement, non pas à l'esprit, mais à la lettre de l'article 611 de l'Instruction Générale. Les mêmes facteurs ont l'honneur d'être, avec le plus profond respect, Monsieur le Directeur Général, La
lettre de ces braves gens fut suivie des commentaires suivants : «
Le képy (sic) n'est pas
plus gênant ni incommode que la casquette à Nice,
comme partout ailleurs.
Si les facteurs de ce bureau réclament en faveur de la casquette, c'est par une coquetterie mal entendue, et un peu, il faut le dire, parce que le képy (sic) a le défaut d'être réglementaire. Le
Receveur Principal.»
« L'esprit d'insubordination et une vanité mal entendue ont seuls dicté la réclamation ci-contre. L'usage des képis ne peut entraver en rien le service de la distribution, et il n'y a pas de raison pour qu'il ne soit pas adopté dans les Alpes maritimes, comme dans les autres départements. Mais attendu qu'il est urgent que les ordres de l'administration soient exécutés sans commentaires, et qu'on prévienne, par un peu de sévérité, le retour de ces plaintes collectives, je prie l'Administration de répondre à la demande des facteurs de Nice par un refus net et formel. Nice, le 20 octobre 1869, Le
Directeur.»[1]
L’uniforme en BelgiqueDès 1830,
année d’indépendance de la Belgique, le
Gouvernement provisoire a constitué une «
Administration nationale des Postes » pour coordonner les
différents services existants et les adapter aux nouveaux
besoins du pays, et a nommé un
Délégué Général
du Gouvernement provisoire aux Postes de
Belgique : Louis-Denis Bronne.
Le travail ne manque pas : il n'y a que 123 bureaux de poste et 240 facteurs pour tout le pays. Il faut créer dans les principales villes du pays des transports de dépêches par malle à deux chevaux, allant à l’allure de trente minutes pour sept kilomètres et demi[2], il faut placer une boite aux lettres dans toutes les localités qui ne sont pas encore desservies par un bureau de poste, il faut organiser les tournées de 400 facteurs dont chacun distribuera le courrier dans environ sept communes, il faut prévoir l’utilisation du chemin de fer[3], il faut forger la personnalité de la Poste belge … et adapter l’uniforme à l’aune de cette jeune Nation ! En 1833, l’uniforme du Maître des Postes belges est un habit de drap bleu roi, au collet avec broderie en or en arabesque entremêlée de cornets, fermé de 9 boutons en métal doré portant le lion belge et la mention « Administration des postes », accompagné d’un pantalon blanc avec galon en or, de bottes avec éperons dorés, d’un chapeau monté avec ganse dorée et glands, d’un sabre avec fourreau, et d’une dragonne à glands. Le costume du facteur est beaucoup plus sobre : veste en drap bleu roi avec écusson en métal doré au côté gauche de la poitrine, pantalon gris à bandes bleues latérales. D’autres détails différencient encore le facteur urbain du rural… ou du musicien de l’Harmonie de la Poste. En 1852, l’Administration des Postes « démilitarise » l’uniforme des postiers au profit de tenues particulières selon les saisons et, le 13 mai, supprime le sabre. Elle offre en échange au facteur la possibilité d’acquérir « une fourche à deux dents » qui, fixée au bout d’une canne, permet de se défendre contre tout agresseur… ![]() ![]() ![]() Facteurs ruraux en tenue d'été et d'hiver, avec leur canne, d'après des dessins de James Thiriar pour la Poste belge. Le circuit du
facteur rural l’amène
en effet à traverser campagnes et bois entre les villages,
ce qui n’est pas
sans présenter quelques dangers… On pense bien
sûr aux détrousseurs, aux
brigands de toutes sortes – et les Instructions
concernant le revolver à
l’usage des facteurs des postes (Belgique, 1922)
sont là pour le confirmer
– mais aussi à d’autres êtres
potentiellement agressifs : les serpents,
les chiens… et les oies !
En 1901, ces « fourches » sont remplacées par un « bâton pour facteur », canne robuste à poignée courbe et large, munie d’une pointe métallique. De toutes façons, bâton fourchu ou pointu, on s’en sert pour repousser ou assommer l’animal… Est-ce de là que vient l’aversion irrésistible de nos chiens domestiques pour les facteurs ? Les uniformes
belges ont connu trois
grandes réformes. Celle de 1988 a ajouté le
parka, l’anorak, le blouson, la
jupe-culotte, la chemise à manches courtes ainsi
qu’un nouvel ensemble veston
et pantalon pour les chauffeurs de la direction.
Celle de 1991 abolit manteaux, pardessus et
pèlerines et introduit moufles
dégagées, gants en cuir, mitaine, veste pour les
dames et pull d’hiver à col rond.
![]() Du logo initial comportant cornet, couronne et lion, ne reste aujourd’hui que le cornet stylisé qu'on retrouve sur les uniformes, les enseignes... et les gadgets. Quant au prestige de l’uniforme… existe-t-il encore ? On
n'est plus au temps où un vieil homme de Carnières,
installé sur le pas de sa porte, voyant arriver pour
la première fois un facteur en uniforme dans le village,
s’écria : « Vive le Roi ! »[4] En FranceL'uniforme français se caractérise par l'absence d'un insigne spécifique ; cette marque de reconnaissance n'apparait qu'en 1960 avec l'« oiseau postal » créé par Guy Georget.En cette même année, l'administration postale prend le nom de « Postes et Télécommunications » tout en gardant le sigle PTT car « P&T » aurait pu être lu « pet » ou même « péter », ce qui aurait été très désagréable... Les facteurs français du XXIe siècle ont le choix entre les tenues très variées présentées en catalogue. La Poste n'impose plus une tenue, mais bien le port d'un signe distinctif de l'entreprise. Cela n'a pas empêché, en novembre 2006, onze factrices et un facteur du Tarn d'attaquer la Poste qui ne comptabilisait pas comme temps de travail le temps passé chaque jour à enfiler et retirer leurs habits de postiers. Le conseil des prud'hommes d'Albi leur a donné raison le 15 janvier 2008. La
poste avait engagé des négociations
dès la fin 2006 car le problème concerne en fait
100 000 facteurs... et pourrait représenter un cout total de
300 millions d'euros Une grande diversitéLes uniformes varient bien entendu selon les pays, les climats, la mode... Certains états ont même fait appel à de grands couturiers pour établir leur modèle : au Japon, c'est Pierre Cardin qui a été choisi.Du képi à la casquette en passant par le béret et le bonnet, le couvre-chef est omniprésent (lorsque l'employé consent encore à le porter !)
Quelques uns des couvre-chefs exposés au Musée Postes restantes.
Suite au mois de octobre 2009
: Le
rôle social du facteur.
[1]
PHIL'
FLASH, communiqué par
Jean-François Brun (de l'Académie de
Philatélie) : lettre signée par 18 facteurs. – retour au
texte
[2] Quinze ans plus tard, les malles-poste emploient 960 chevaux de trait et 154 chevaux de selle pour desservir 126 relais. – retour au texte [3] En 1835, la Belgique est le premier pays du continent européen à inaugurer une ligne de chemin de fer entre Bruxelles et Malines avec le roi Léopold Ier et 900 invités. Un coureur annonce le passage d'un train pour prévenir la population. – retour au texte [4] Raconté à la guide par un visiteur du Musée Postes restantes, en septembre 2004 . – retour au texte [5] ...Un couvre-chef de facteur. C'est une casquette d'employé de la Régie des Télégraphes et Téléphones (RTT) qui était, en Belgique, une administration indépendante de la Poste alors qu'en France Postes, télégraphes et téléphones (PTT) ne formaient qu'une seule et même régie. – retour au texte Bibliographie partielle : Bibliothèque du Musée Postes restantes |
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Asbl
Syndicat d'Initiative d'Hermalle-sous-Huy (La
Rawète) |