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Paul Rouge naît en 1927 à Lessines, à Ollignies plus exactement, dans le même village que Scutenaire, grand poète surréaliste et ami du peintre.
Il grandit dans l'ombre, peut-être aussi dans la lumière, de personnages qui vont beaucoup compter dans sa vie et son oeuvre: son grand-père maternel, l'instituteur Edmond Scarcez, le sensibilisera au cours de leurs longues promenades à la beauté de la nature et aux joies simples des techniques de greffes de plantes, de l'apiculture, de l'observation des oiseaux, omniprésents dans l'oeuvre de Paul Rouge.
C'est grâce à lui qu'il découvre l'un de se s grands plaisirs, le vin, et ce qui deviendra l'une
de ses préoccupations majeures : le souci didactique, ce besoin impérieux de toujours transmettre des idées, des impressions ou des connaissances.

Premier paradoxe: picurisme et méthode.
Avec son grand-père paternel, il prend conscience, à travers l'idéologie socialiste, de l'importance de l'homme et du social. Mais le terme "idéologie" est trop agressif.
En effet, Paul Rouge grandit dans un milieu précisément ouvert à toutes les idéologies.
Entre le libéralisme chrétien d'Edmond Scarcez et le socialisme militant de Victor Rouge, il n'y a aucun antagonisme, aucun paradoxe; il y a, au contraire, le respect de l'homme dans un esprit de grande tolérance.
C'est dans le même esprit que le préparent ses parents, Achille Rouge, fonctionnaire à la SNCB et, à sa retraite, bourgmestre socialiste du village et Esther Scarcez, institutrice communale en chef et animatrice infatigable.

Enfant, à Ollignies toujours, il écoute un monsieur qui, des heures durant, devant sa maison natale, en vacances, raconte jusqu'à la nuit des histoires de truands, des contes à dormir debout".
Ce conteur, c'est Louis Scutenaire, le grand poète surréaliste.
Ces moments privilégiés sont une véritable révélation!
L'initiation à la culture artistique et littéraire va donc s'enraciner dans son enfance.
Il dévore alors avec enthousiasme les poètes surréalistes Eluard, Aragon, Apollinaire, Prévert et admire les peintures de Magritte, Delvaux et Dali.

Mais ce qui n'est encore qu'une passion d'amateur au sens noble du terme se précise:
après une candidature en philosophie et lettres, il entre à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, mieux connue sous l'appellation "La Cambre", ou il prend véritablement conscience de sa vocation artistique.
Là, guidé par Pierre Caille dans la discipline "céramique", il est définitivement atteint par "la fièvre surréaliste".
Avec Pierre Alechinsky, il fréquente "la Fleur en papier doré" où le patron-poète Geert van Bruaene réunit les surréalistes et vend des livres rares... Il y retrouve Scutenaire, "le conteur des nuits d'été", fait la connaissance de Magritte et de Lecomte.
Peu de temps après, il suit de très près la création du mouvement Cobra mais sans y adhérer. Cobra exaltait les formes de création spontanée et Paul Rouge voulait préserver l'expression figurative.
Jo Dekmine, à ses débuts, lui propose de décorer un cabaret littéraire sur la Grand-Place de Bruxelles; il réalise alors trois fresques de 20 mètres carrés.
Il étend enfin sur des murailles ce qu'il avait en lui depuis des années: le spectateur passionné est
devenu acteur.

C'est une époque de bouillonnement artistique intense fait d'échanges avec d'illustres camarades de classe: Max van der Linden, Sophie Nyns, Pierre Alechinsky, Anne Cape, Michel Olyff... et une brochette de professeurs passionnants: Caille, lespers, Minne, Counnaye, Delvaux, Luc Haesaerts etc...


Paul plonge dans la vie d'artiste avec délices lorsqu'il est appelé sous les drapeaux...
Loin de se rebeller contre l'autorité militaire, il devient candidat officier de réserve puis instructeur. Ce milieur militaire, tout à l'opposé du microcosme intellectuel et anti-militariste de la Cambre, le séduit au contraire par les relations d'autorité, sa rigueur et sa méthodologie.

Au cours de ses années passées à l'école d'Infanterie d'Arlon, sa route croise celle de grands personnages de la finance et de l'industrie belge.
L'un d'eux lui propose un poste de responsabilités au sein de la Société Belge de Banque , qui deviendra Générale de Banque.
Pour répondre aux exigences de ses nouvelles fonctions, il suit les cours de Sciences du travail à l'Ecole d'Ergologie (ULB).
Il deviendra Chef du Personnel puis Directeur-Adjoint des Affaires Sociales et de l'Information.
Ce monde l'éloigne encore un peu plus du monde artistique. L'art décoratif est loin, d'autant que la famille et la carrière absorbent tout le temps disponible et réduisent au silence sa créativité.

Cependant, cette période ne constituera qu'une longue parenthèse pendant laquelle Paul approfondira ses connaissances dans le domaine social et usera de ses qualités pédagogiques. il enseignera dans diverses écoles supérieures et sera nommé Collaborateur Scientifique de l'Institut de Sociologie de l'U.L.B. En laissant s'exprimer son inclination pour la méthodologie, il perpétue la tradition familiale puisqu'il est issu, par sa mère, d'une lignée de Scarcez, enseignants à Ollignies depuis 150 ans.

Dans le même temps, son poste de Directeur-Adjoint de la Générale de Banque l'oblige à gérer des intér ts apparemment incompatibles: d'une part, il doit veiller à assurer la rentabilité d'une société dont il est cadre supérieur; d'autre part, il doit rencontrer les aspirations sociales légitimes du personnel.
Qu'à cela ne tienne, il deviendra, au sein des Conseils d'Entreprise, l'intermédiaire entre le monde des travailleurs et le patronat et son outil de travail de prédilection sera la communication.
Sans rien renier de ses préoccupations sociales, il fréquentera aussi bien les délégués syndicaux que les administrateurs de la société. D'ailleurs, il se plaît à dire "Faire descendre des ordres n'est rien, mais faire passer des suggestions vers le haut est beaucoup plus difficile et méritoire."
Sa carrière bancaire n'étouffera pas pour autant sa sensibilité artistique. Il unira la finance et l'art en organisant des concours d'oeuvres d'art au sein du personnel et en promouvant l'acquisition d'oeuvres contemporaines pour agrémenter les bureaux.

En 1987, à l'age de 60 ans, Paul Rouge mettra fin volontairement à sa carrière pour faire "autre chose".

Cette préretraite marque pour lui le début d'une "renaissance" à plus d'un titre.
En effet, Paul Rouge découvre qu'à 60 ans la vie peut encore vous réserver de bien agréables surprises: d'abord, il revient à Lessines. Et le retour à Lessines, c'est d'abord le retour à ses racines même s'il s'évade assez souvent en Provence.
A Ollignies, Paul retrouve Thérèse, son premier amour... Paul est séparé de sa femme, Françoise Leys, depuis 1982.
Thérèse est veuve. Leurs chemins qui s'étaient écartés se rejoignent à nouveau.
Avec Françoise, Paul a eu quatre enfants et ils ont à ce jour, neuf petits-enfants.
Thérèse, de son coté, a un fils et deux petits-fils.
Paradoxe supplémentaire: l'harmonie règne au sein des deux volets de la famille.

Cet homme qui, pendant sa carrière professionnelle, a fait de la parole l'instrument privilégié de son travail de communication va enfin s'exprimer par d'autres signes: la peinture.
Son besoin de créativité artistique, sans doute brimé en lui, va enfin s'épanouir pleinement.

Les idées et images emmagasinées depuis la jeunesse prennent la forme de tableaux. L'ambiance de Lessines, la présence de Thérèse, l'oxygène local encore imbibé du surréalisme de Magritte et Scutenaire ont beaucoup contribué à cette renaissance créatrice.

La première exposition de Paul Rouge se déroulera à Lessines en 1988.
D'autres suivront régulièrement à Bruxelles, galerie Lorelei, sur la Place du Sablon et à Lessines, au Centre Culturel René Magritte.

La présentation, la vente de ses toiles au cours d'expositions est nécessaire aux yeux du peintre, d'abord, parce qu'il veut s'imposer une "obligation de résultat", ensuite, pour éviter la confidentialité de ses oeuvres.
De fait, Paul Rouge affirme peindre, d'abord "pour laisser une trace", ensuite pour mûrir un talent qui a trop longtemps sommeillé.
Il accomplit un vieux dessein, il peut laisser libre cours à une vocation picturale éveillée quelques quarante ans plus tôt à "La Cambre".

Enfin, si les expositions à Bruxelles constituent une vitrine prestigieuse indéniable, Paul Rouge avoue que c'est à Lessines qu'il expose avec le plus de plaisir. En effet, la volonté d'ouvrir l'art à tous et en particulier aux Lessinois est une autre raison d'être de son art.
Permettre aux gens de la région d'acquérir ses toiles à un prix accessible est pour lui un souci constant. Cette "diffusion de l'art", cette vulgarisation de la culture surréaliste dans le pays de sa jeunesse trahissent, une fois de plus, un intérêt didactique persistant.

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Note de Lessinesinfo.com
Nous avons reçu voici quelques mois l'autorisation de Paul Rouge de publier sur ce site quelques peintures représentant Lessines.

Cette biographie est tirée du livre "Le Tiroir aux rêves" de Raphaël Debruyn et Graziella Deleuze.

 


 

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