La procession des pénitents à lieu chaque vendredi saint. Elle commémore la
mise au tombeau du Christ. Dans tout le Nord de l'Europe, elle constitue la seule
manifestation évoquant l'enterrement du Christ. Elle s'apparente avec les
différentes processions de la semaine sainte dans le bassin méditerranéen (Espagne,
Sicile, Corse, Sardaigne) où les pénitents portent Notre-Dame et Notre Seigneur vers sa
dernière demeure. A Lessines, pas de soleil généreux mais la nuit noire
accentuant encore plus l'aspect austère de cette célébration.
Expression typique de la foi au Moyen-Age, la procession trouve vraisemblablement son
origine dans les mystères religieux de l'époque.
Le peuple peu instruit avait accès au thème de l'évangile du jour au moyen d'un
petit spectacle. Ainsi est né la Mise au tombeau du Christ, le Vendredi Saint,
dans la cité du porphyre aux alentours de 1475 comme le relate un livre (le
semainier) ou étaient renseignés tous les éléments paroissiaux de la semaine.
Présentée au départ sur le parvis Saint-Pierre, la tradition s'est ensuite exprimée
à l'intérieur de l'église. Après le récit de la Passion, les pénitents se
rendent dans la chapelle de la mise au tombeau.
Au cours du XVIIe siècle, les autorités religieuses décidèrent de "porter
l'image de Notre Seigneur de par la ville afin de lui donner plus d'à propos".
C'est vers 1670 que la procession sortira pour la première fois en ville.
D'abord en fin d'après-midi, elle se déroule maintenant à la tombée de la nuit.
A l'encontre de Furnes, qui célèbre le chemin de croix le quatrième dimanche de
juillet, Lessines a conservé la date du calendrier liturgique où ce vendredi reste le
jour de la mort du Christ. Ici, les pénitents ne portent pas de lourdes croix mais
escortent le Christ gisant avant sa mise au tombeau.
La manifestation lessinoise date du XVe siècle tandis que le premier chemin de croix
de Furnes ne sortira que 150 ans plus tard.
Le rite funéraire débute par l'office solennel tiré de la liturgie du vendredi
saint. Le Christ gisant prend place devant l'autel, au même endroit que le cercueil
lors de l'enterrement. Lecture de la Passion, vénération de la Croix sont
entrecoupés par des airs de J.-S. Bach, de chants, d'invocations et d'espérance.
A l'issue de l'office, les pénitents pénètrent à l'intérieur de l'église
afin d'emmener le Christ vers sa dernière demeure. L'édifice est plongé dans le
noir tandis qu'au dehors, les spectateurs s'amassent le long du parcours funéraire.
L'éclairage public, les enseignes lumineuses, les étalages, tout s'éteint peu à
peu au passage de la procession.
En tête, on trouve la croix où sont attachés tous les symboles du supplice : la
lance, l'échelle, l'éponge de vinaigre, le fouet, la couronne d'épines, les clous.
Deux longues rangées de pénitents (la bure est l'habit de pénitence, la cagoule en
permet l'anonymat) portent des torches de cire, éclairant le convoi funéraire qui
s'avance lentement dans les rues du centre historique. Ils précèdent le Christ
porté à bras d'hommes au milieu des flambeaux et de l'encens, marque de respect pour
tous les morts.

Les pénitents frappent le tambour voilé de crêpe dont le roulement sourd alterne
avec le crépitement des crécelles.
De retour dans l'église, le prêtre fait la lecture de l'évangile qui fait le
récit de la mise au tombeau. Un dernier chant et ensuite le Christ est glissé sous
l'autel jusqu'à l'an prochain.
Dehors, les lumières des vitrines et enseignes se sont rallumées. Pâques
s'annonce déjà, l'hiver agonise et la nature renaît. La vie va vaincre la mort.
Ce récit est extrait d'une revue éditée par le
centre culturel lessinois 2/2000.