4.TLEMCEN : LA CAPITALE DU MAGHREB CENTRAL

vendredi 29 mai 2009
par clarref
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C’est enfin sous les Zianides et durant un peu plus de trois siècles, de 1235 à 1555, que Tlemcen accède pleinement au rang de capitale politique non sans susciter de graves et permanents dangers dans un contexte inter-maghrébin souvent très défavorable. Cependant, la nouvelle dynamique interne qu’impulsent dès le départ des souverains éclairés et protecteurs des arts, imprime à l’urbanisation de profondes et durables transformations, d’ordre aussi bien structurel que morphologique.

Dès l’avènement de la dynastie et par suite d’un long et exceptionnel règne de son fondateur, Yaghmoracen (1235-1282), l a ville prend de nouvelles dimensions, telle qu’elle a été envisagée par les Almoravides, deux siècles plus tôt. Très vite, la résidence des anciens gouverneurs, dite Ksar El Bali, élevée à proximité de la Grande Mosquée, est délaissée au profit d’un nouveau quartier, beaucoup plus vaste et plus imposant et spécialement aménagé à cet effet. Il est situé plus au sud du monument almoravide et regroupe l’ensemble des administrations et bâtiments officiels, le tout ceint de hautes murailles, s’intégrant dans un ensemble de fortifications destiné à mieux protéger la capitale.

Il en est ainsi de l’oratoire de Sidi Bel Lahcène (actuel musée), des medersas Ouled Imam (disparues) et surtout de la Tachfiniya (détruite en 1873 pour l’aménagement de la place de la Mairie). Aussi l’activité culturelle et scientifique s’est-elle développée grâce à la fois à la renommée de nombreux savants et lettrés et aussi au mécénat de certains princes, notamment Abou Moussa II (1359-1389) et Abou Tachfine 1er (1318-1337) Tout cela explique le rayonnement de la capitale du Maghreb Central sur les diverses fonctions dépasse désormais les frontières du royaume et rend compte ainsi de l’éclat de la ville elle-même, ainsi que de l’importance de la population.

Cette dynastie (1236-1555) groupera dans le Maghreb Central, des territoires allant de la Moulouya, au-delà d’Oujda jusqu’au méridien de Béjaia. Elle comptera vingt-sept rois qui auront, avec des fortunes inégales, le souci de la chose publique. Qui protégeront le commerce, seront parfois de grands bâtisseurs avec un sens averti de l’urbanisme . Ils exercent aussi un généreux mécénat en attirant, dans leur capitale, les hommes de science et de piète.

Le roi-fondateur Yaghomracen (1236 -1283) et Abou Hammou Moussa II (1353-1389), le roi poète et aussi le restaurateur de la dynastie un moment évincée .

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Tlemcen faillit s’étendre encore vers l’Oues t, lorsque le Sultan Abou Yagoub Youssef fit le siège de la ville et dressa son camp à Mansourah. En 1334, son petit-fils s’empara de Tlemcen et établit son gouvernement dans le Palais de la Victoire (Mansourah). Ceci ne dura que ving-cinq ans et les Abd el Walites s’installèrent de nouveau à Tlemcen.

Tlemcen n’en continue pas moins de briller par ses universités alors célèbres, et par tant d’hommes de renom.

Mais la dynastie Zianide disparaît au XVI éme siècle et Tlemcen alors est rattachée à la Régence d’Alger. Pour elle commencent les mauvais jours, ainsi qu’en témoigne le chantre populaire Ibn Msaib qui l’exalte, au XVIII éme siècle, dans de sombres élégies .

Pour elle reparaît une lumière fugace quand le traité de la Tafna en 1837 reconnaît Tlemcen parmi les territoires relevant de la souveraineté de l’Emir Abd El Kader .

En rapport à la fois avec l’Europe grâce aux ports d’Oran et de Honaïne et avec les régions aurifères du Grand Sud, car directement située sur le grand axe Nord-Sud Touat-Sidjilmassa, la capitale devient un grand centre commercial, fréquentée régulièrement par une population cosmopolite et venue de partout. Celle-ci réside dans le quartier El Kissarya ou quartier franc, aménagé alors à l’ouest de la Grande Mosquée (emplacement actuel du marché couvert et de ses abords jusqu’à proximité de l’ancien quartier Bugeaud). Comme les chrétiens qui sont admis dans ce quartier et dont le culte est toléré et protégé, les israélites après leur expulsion de l’Espagne aux XIV et XV° siècles y trouvent asile. Tout un quartier juif se développe entre le Méchouar et plans et la Mosquée Sidi Ibrahim, soit un emplacement bien situé

Grâce aux nouveaux venus de la Péninsule ibérique dont à la tête se trouve le célèbre Rabb (Rabbi Ephraïm Elnkaoua), la communauté se développe et prospère dans la tolérance générale, comme en témoigne la pérennité du pèlerinage au tombeau du Saint jusqu’à l’heure actuelle.

L’histoire agitée des Zianides , notamment les deux sièges de leur capitale, c’ est grâce à cette occupation que l’on doit les trois monuments suivants, deux mosquées, celle de Sidi Boumédiène à El Eubad, quartier proche de la banlieue orientale, et celle de Sidi El Haloui, dans la banlieue septentrionale, en hommages toutes les deux à deux saints et grands mystiques andalous.

Quant au troisième monument, il est représenté par une medersa qui s’élève toujours à proximité de la première mosquée citée. Ces trois constructions enrichissent le patrimoine tlemcénien qui attirent régulièrement les grandes foules. Ainsi c’est grâce à sa fonction politique que Tlemcen doit l’essentiel de sa richesse architecturale ainsi que de solides traditions culturelles et économiques, même si après la chute des Zianides, la ville est confrontée à une longue période de repli et de déclin irrémédiable, d’autant plus que la destruction du port de Honaïne en 1534 consécutive à une brève occupation espagnole met fin pratiquement à une bonne partie de ses échanges extra-rérepli, et en dépit de sa marginalisation par rapport au centre politique de l’Etat d’Alger

C’est le quartier du Méchouar dont les constructions seront entièrement détruites lors de la pénétration française et remplacées par des établissements exclusivement militaires. La restructuration se poursuit alors rapidement en donnant lieu à une spécialisation progressive des différents quartiers grâce en particulier à la diligence des premiers souverains. La fonction culturelle de la capitale se matérialise aussitôt par la réalisation de nombreux monuments, chefs d’œuvre qui ont pendant longtemps personnifié la ville.

Les juifs installés dès l’époque romaine à Pomaria-Agadir, n’avaient pas droit de cité dans Tlemcen. Ce n’est qu’au début du XV e siècle , grâce à l’influence du Rabb Aln Kaoua, qu’ils pourront s’établir dans le Méchouar et à la place de la Mairie

Du XIe au milieu du XIVe siècle la population de Tlemcen passera de 90.000 à 150.000 habitants et sa superficie sera plus vaste que les remparts de 1852.


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