12 - LES COLONIES AGRICOLES DE 1848
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’’J’insiste vivement auprès de vous, Citoyen Directeur, pour que tous les travaux prévus soient exécutés dans le plus bref délai, afin que nous n’assistions pas au renouvellement de ces scènes lamentables de colons arrivant plein d’espoir et ne trouvant que le désert des broussailles et de mauvais baraquements, puis s’en retournent ulcérés en France » Lettre du Ministre, de la guerre au Préfet d’Alger décembre 1848
LA SITUATION EN FRANCE - Février 1848 : c’est la chute de la Monarchie de juillet. L’immobilisme du gouvernement Guizet devant les problèmes nés de la grande industrie naissante, des scandales atteignant la cour, la justice, l’armée, provoquant une effervescence dans l’opposition républicaine.
Des émeutes éclatent dans Paris, provoquant le renvoi de Guizet. Thiers est premier ministre, Bugeaud commandant en chef. Ce dernier enlève toutes les barricades, vois la troupe pactisant avec l’émeute, Louis-Philippe abdique.
Un gouvernement provisoire est formé. Lamartine proclame la République. Les magistrats d’Algérie, les fonctionnaires, les colons, pensant voir fini "le régime du sabre », l’accueillirent favorablement. Ils désiraient avoir un organe représentatif et pouvoir faire entendre leurs doléances et leurs voeux.
La constitution de 1848 leur permit d’élire 3 députés à l’Assemblée nationale législative (sur 750 !), réaffirma l’Algérie territoire français (régi par des lois particulières), mais l’influence de l’armée y resta encore longtemps prépondérante
Le nouveau gouvernement se trouvera affronté à de sérieuses difficultés, dont les principales sont le chômage et les grèves. Les ateliers nationaux tournent vite à la déconfiture. Leur fermeture provoquera d’autres graves émeutes.
Cavaignac reçoit les pleine pouvoirs. Les combats de rues vont causer près de 6000 morts. Le chiffre des déportation dépasse 4000.
En décembre, Louis-Napoléon Bonaparte sera élu Président de la République. Trois ans après, c’est le coup d’état, quatre ans après, l’Empire.
LES COLONIES AGRICOLES.- Dès son avènement, le gouvernement voyait dans l’Algérie la possibilité de caser les chômeurs effectifs ou en puissance. Après les émeutes de juin, il eut une raison supplémentaire d’envoyer loin de la capitale des éléments turbulents, bien que les morts et les déportations aient fortement éclairci leurs rangs. En fait, on y envoya n’importe qui : l’importante proportion de veuves en fait foi.
En hâte, le gouvernement Cavaignac présente en août à l’Assemblée Nationale un projet de loi pour la création de colonies agricoles. Le crédit de 50 millions, somme énorme pour l’époque, étalé sur plusieurs exercices, est rapidement voté (19 septembre). La loi prévoit, pour 13 500 émigrants, la création de 42 centres : 9 dans le Constantinois, 21 dans l’Oranie, 12 dans la province d’Alger, dont 3 dans la partie ouest de la Mitidja, située en territoire militaire, où rien n’a encore- été fait. Il s’agît d’El-Affroun, Bou-roumi et Marengo (primitivement dénommé Meurad.)
La loi prévoit une organisation militaire, sous la direction d’un officier. L’état se charge du transport des émigrants avec leur mobilier et de leur installation, de la construction d’une maison. Chaque chef de famille recevra une concession et diverses dotations. Les artisans seraient employés aux travaux d’installation des centres, leurs lots étant pris en charge par la communauté. Les colons qui auraient satisfait aux conditions du contrat (mise en valeur, plantation d’arbres, assainissement, etc..) en seraient déclarés propriétaires au bout de trois ans.
Programme ambitieux, si l’on tient compte que le projet comportait un crédit de 1110 francs seulement par personne, ce qui paraît peu, même en francs de l’époque.
Le projet fut mis en route avec une hâte suspecte. "La Constituante ne s’intéressait en aucune manière à la colonisation mais avait hâte d’expédier outre-mer quelques milliers d’indésirables sous la surveillance de l’armée, sûre garante du maintien de l’ordre. Peu lui importait le sort qu’on lui ferait, pourvu qu’on en débarrassât, sur-le-champ, la capitale" (Ch,-A. J.). "Les colons seraient dirigés sur l’Algérie dans le plus bref délai possible" (article 10 de la loi).
Songez que la loi ayant été votée le 19 septembre, les premiers colons pour El-Affroun ont quitté Paris 1e 23 octobre ! Il avait fallu dans ce laps de temps très court préparer les ordonnances d’application, aviser les administrations concernées, assurer la publicité par voie de presse et d’affichage, constituer les commissions chargées de choisir parmi les 100.000 postulants qui se présentèrent ceux qui seraient acceptés, réunir les documents d’état-civil, dresser les listes des admis et leur répartition dans les divers centres, réunir les moyens de transport, etc.., tout cela dans un mois, à une époques où les communications étaient lentes. Habituellement, les affaires d’état vont moins vite.
Sur le terrain, en moins de deux mois, "l’administration militaire, responsable de l’organisation, aurait dû effectuer le recensement des terres disponibles, constituer les territoires des futurs villages, délimiter les lots de culture et les jardins, défricher une partie des terres, construire les maisons des colons, niveler les principales voies des agglomérations, résoudre le problème de l’eau pour les habitants, tracer les chemins d’accès et d’exploitation, rassembler le matériel agricole indispensable, fournir le cheptel, préparer les approvisionnements en fourrage, semences, et, enfin, sélectionner et installer un personnel administratif spécial chargé de diriger, conseiller, soigner et instruire les immigrants" (Pierre Boyer). Programme impossible à réaliser.
EL-AFFROUN ET BOU-ROUMI.- Les deux premières colonies en date créées dans l’ouest de la Mitidja furent El-Affroun et son annexe Bou-Roumi. El-Affroun devait recevoir 99 colons, 77 mariés, 22 célibataires, pour une superficie de 735 hectares. Le Bou -Roumi était prévu pour 36 colons, 28 mariés et 8 célibataires, pour une dotation de 575 hectares.
La direction en était confiée au Commandant Ducasse et au Capitaine de Ledinghen, puis au Capitaine Blanc.
Les futurs colons, ainsi que ceux de Bou-Ismael (Castiglione) et de Tefeschoun, s’embarquèrent à Paris le 23 octobre au milieu d’un grand concours de foule et de personnalités importantes. Discours. Congratulations.
Après 17 jours de voyage, le convoi arriva à Alger, le 9 novembre. La réception, évêque en tête, fut chaleureuse. Les futurs colons eurent encore droit aux discours et aux congratulations.
Quelques jours après, ils se trouvaient confrontés aux dures réalités...


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