De la récupération politique de la crise sociale dans les DOM-TOM
Écrit par François-Xavier Pénicaud
19-02-2009
Depuis près d'un mois une importante crise sociale paralyse la Guadeloupe et tend à s'étendre aux autres départements d'outre-mer. Je rejoint les élus locaux et nationaux qui dénoncent la façon dont cette crise est gérée, mais ce ne sera pas aujourd'hui le coeur de mon propos. Ce dont je parlerais aujourd'hui c'est de la récupération politicienne et de la manipulation des populations qui est faite par quelques notables indépendantistes, profitant de la grogne sociale légitime pour tenter de la transformer en rejet global de la France.
Au sujet de cette crise il m'était récemment fait remarqué que la raison d'une telle crise pourrait se résumer à "loin des yeux loin, loin du coeur", et qu'il était bien naturel que la France ne traite pas à l'identique les départements d'outre-mer et ceux de la métropole.
Pour ma part je considère français ceux qui veulent construire un projet de société commun avec la métropole française. Et de même que j'associe à l'idée de France les français de l'étranger, j'y associe les habitants d'outre-mer qui souhaitent s'inscrire dans le projet républicain français. En revanche je pense que nous devrions cesser, sur des arguments économiques ou de stratégie militaire (dont je considère nombre de fondements comme d'un autre temps), de vouloir inclure des peuples dont nous ne connaissons plus la réalité du vœux d'appartenance à la France. Les cas ne sont pas uniformes en la matière, et l'on se permettrait de poser les bonnes questions.
Ce que je souhaite affirmer en revanche, c'est que dès lors qu'un pays appartient à notre république, alors la règle de continuité du service public et du droit sur le territoire français (pour ne pas dire européen comme j'y aspire) doit pouvoir s'appliquer. Nous parlons ici de départements d'outre-mer, pas de territoires, et donc ces départements méritent autant notre attention que celui du Rhône.
Cela étant dit il ne faut pas non plus être simplistes dans notre analyse de l'actualité et bien cerner les réalités liées aux évènements actuels. Relevons sans tabou ce que ce conflit contient en arrière-ligne. Car la récupération indépendantiste des conditions sociales réelles est là, et bien là. Je souhaite la dénoncer.
Le conflit s'étend d'ailleurs à la Guyane, qui a déjà officiellement posée une demande de territorialisation à l'automne, pendant que Mayotte - sous l'impulsion d'ailleurs de notre député Abdoulatifou Aly avec le soutien de François Bayrou - demande sa départementalisation, avec un référendum sur le sujet qui s'y tiendra le 29 mars (voir son intervention au parlement : http://www.mouvementdemocrate.fr/actualites/abdoulatifou-aly-depute-mayotte-intervention-assemblee-nationale-departementalisation-mayotte-110209.html).
J'espère d'ailleurs à ce sujet que le OUI l'emportera. Pour connaitre la situation de Mayotte je vous invite d'ailleurs à voir pour mémoire le podcast que Quentin Thevenon avait fait de M. Aly, à l'occasion d'un diner que nous avions passé avec lui lors du forum des démocrates, à Seignosse, en septembre 2007 : http://www.dailymotion.com/video/x378lf.
Pour les néophytes (je l'étais il y a peu!) et de façon un brin caricaturale, dans un département d'outre-mer (DOM) s'applique pleinement le droit français, comme dans n'importe quel département français, tandis que les territoires d'outre-mer (TOM) son dans un statut un rien biscornu, partiellement indépendant tant sur le plan juridique que fiscal, mais avec des dotations de fonctionnement de l'état français. En clair le droit français ne s'y applique pas forcément, mais l'état allonge le fric, contre rétribution en nature.
J'appelle ça de la prostitution territoriale et considère à titre personnel comme totalement dépassé si ce n'est arriéré l'existence de ce statut de TOM. Oui je sais, ma position est un peu violente, mais parce qu'elle se veut aussi saillante.
Cela bien entendu n'est pas une réponse à la crise sociale que connaissent ces territoires, mais ce que je souhaite dénoncer ici est la récupération de ce malaise social par les notables indépendantistes, dont nombre savent que là n'est pas une solution durable pour les classes sociales des DOM les plus en détresse. Il suffit d'ailleurs d'observer les situations bien pires que connaissent nombre de TOM du fait de leur statut pour le bien comprendre.
La solution à cette crise n'est pas à chercher dans la territorialisation.