Parlons d´abord du Soufre.

Le Lion Rouge
Confondue souvent avec l´or natif dit vulgaire, la matière première de la
pierre philosophique a été appelée : souffre philosophique ou pierre
Adamique, le Lotus, le Lys, le sang du Christ, le Graal, la Pierre du Soleil, l´Or des
Sages, la magnésie et aussi la pierre vile de nulle valeur...
Cette énumération aux allures de litanies semble née de l´imagination
d´un dément ou d´un poète : ces noms ne présentent à
prime abord, aucun rapport entre eux et témoignent là encore de ce goût
de l´ésotérisme cher aux Alchimistes.
Pourtant, ces vocables désignent tous le même matériau dans le langage
à la fois mystérieux et poétique qu´est le leur. Il est possible
de justifier le choix de chacun des mots choisis et qui étaient intelligibles et
clairs pour les adeptes et les initiés du Grand Art.
Commençons par la pierre Adamique ou pierre d´Adam : le premier homme
façonné par Dieu dans un bloc d´argile - Adam - désigne ainsi la
terre rouge, la terre première née du feu ou du Soleil, le sexe masculin, de
race divine. (Il est à noter que le mythe de la création de l´homme est
commun sous cette forme, à toutes les races).
Or, chez les Etrusques, les hommes représentés sur les fresques qui
décoraient les parois des tombes, étaient peints en rouge, par opposition aux
femmes blanches et cette particularité se retrouve chez les Phéniciens, les
Egyptiens et les Mayas. La couleur rouge désigne chez les peuples de l´Antiquité
le principe mâle, comme le blanc représente le sexe féminin.
Et de conclure que la pierre Adamique est une terre rouge d´origine royale, mâle
et née du feu.
Le lotus, lui est la variante asiatique et égyptienne de notre Lis.
Nous nous
arrêterons au choix du lis qui était l´emblème des rois de France :
- gravé sur des médailles, frappé sur les blasons, tissé d´or
dans les banderoles, les housses de destriers, rehaussant les mains de justice, et il est
l´enseigne du Roi, symbole de sa majesté.
Mais, la fleur des Rois, blanche ne satisfait qu´en partie à la définition
de la pierre. Inversons les lettres : - SIL - apparaît alors, et ce mot,
d´origine latine, désigne l´argile ocre rosé avec laquelle les
anciens faisaient des poteries rouges.
Ces deux mots en miroir L I S - S I L réunissent alors le double symbole de
la pierre : sa royauté et la terre rouge de la création première.
Le sang du Christ, qui nous fait toucher après la Bible et l´Egypte ancienne, au monde
judéo-chrétien et à son merveilleux, est aisé à
comprendre : Jésus, descendant de David, fils de Roi, crucifié sur le
Calvaire, au flanc percé par la lance, et dont le sang rouge fut recueilli par Joseph
d´Arimatie.
Pierre du Soleil... et on ne peut qu´évoquer Amon-Re ou RA, le
Dieu Soleil dont la rouge effigie orne les fresques.
La Pierre vile et de nulle valeur est une formule qui accompagne presque toujours les
expressions citées et qui ne figure jamais seule. On peut avancer que le matériau
ainsi défini, n´était ni noble, ni coûteux, puisque méprisé
des anciens, et ce ne pouvait être ni or, ni argent, ni mercure, chers et recherchés
à l´époque.
Au terme de cette analyse, nous avons la certitude que la pierre en question est rouge,
mâle, née du feu, qu´elle n´est pas précieuse au sens
où l´entendent les lapidaires.
Parlons enfin du GRAAL:
La coupe qui, selon la légende, a contenu le sang du
Christ. Nous en terminons par ce mot - Car c´est le plus évocateur, le plus
chargé de sens et que par son écriture même, il apparaît comme
le mot Clé, le maître mot.
Le mot GRAAL a plusieurs sens comme beaucoup de termes dans les récits du
Moyen Âge : il désigne le vase sacré, comme nous l´avons dit
plus haut, mais il indique aussi la matière première.
Nous ne sommes pas sans savoir que le thème des romans du cycle Arthurien est la
quête du Graal et que parmi les chevaliers promis à cet exploit, Lancelot du
Lac est l´une des figures les plus nobles et les plus significatives. Mais le
chevalier blanc, en dépit de ses prouesses, connaîtra l´échec.
Pourquoi ?
Décomposons le nom du chevalier : Lancelot du Lac qui par un
simple jeu d´association d´idées peut devenir Lance l´eau .
- Lac, de lacté, désigne la couleur blanche.
Le Chevalier est aussi celui
qui lance l´eau blanche et l´on ne peut s´empêcher de penser au
cinabre qui donne le mercure (l´eau blanche) quand on le frappe.
Mais le mercure n´est pas la matière première, il est blanc et
s´il a un rôle à jouer, il sera secondaire, dans le récit, car
Lancelot ne fera jamais la conquête du Graal et c´est à son fils
Galaad qu´échoua ce rôle. Ce qui nous permet d´affirmer que le
mercure sera indispensable pour donner un fils capable d´accomplir le prodige.
Rembrandt dans une de ses eaux-fortes, intitulée " Le Docteur FAUSTUS ",
représente un Alchimiste en contemplation devant une apparition rayonnante où
s´inscrit dans un médaillon les mots ALGAR, ADAM, AGLA, sur fond de
soleil. Le mot ALGAR est l´anagramme de GRAAL et tout s´interprète à la
façon d´un rébus - le Soleil - RE se soude comme un préfixe au
mot ALGAR pour donner le REALGAR, sulfure naturel d´arsenic,
né du feu des mines qui est de couleur rouge.
Enfin, l´arsenic vient du mot
arsen qui veut dire mâle.

On ne peut trouver de définition plus claire et plus complète de la
matière première.
A présent, quand vous ouvrirez un livre d´Alchimie, ce ne sont plus des
énigmes que vous aurez à déchiffrer, vous ferez comme Œdipe, vous
participerez à l´œuvre.
L´inviolabilité des secrets a été assurée jusqu´à
ce jour.
Mais, aujourd´hui, en possession de la solution, de la réponse, penserez-vous
peut-être que ce n´était, après tout pas difficile à
deviner !
Pour en finir avec le Réalgar, qui était considéré comme
une pierre vile, de nulle valeur, rejetée même comme toxique, née du
feu, rouge, mâle, c´est la matière principale qui entre dans le soufre
philosophique.
Pour connaître la composition du Soufre, il faut savoir discerner les affinités
des différents métaux utilisés pour faire le Grand-Œuvre.
Pour cela, faisons un tri des métaux et associons-les par affinité, car le
soufre est Adam, et donc constitué de matériaux de même couleur.


Sept des métaux sont symbolisés par les signes suivants:

Pour la composition du Soufre, ce sont les métaux rouges, les métaux
virils qui entrent en jeu. On peut se demander pourquoi ces signes symboliques
désignent les métaux.
Ce n´est pas une utilisation des signes préexistants mais une construction,
un assemblage d´éléments pour désigner quelque chose et dont
il faut interpréter le sens caché. Les éléments de base sont :
- le cercle ponctué = Soleil
- Le croissant = Lune
- Et la croix, qui en Alchimie, désigne le creuset, mais aussi le sel,
c´est-à- dire l´union du sel avec le creuset.
Voici les définitions des métaux d´après leur symbole :
- Mars est constitué du Soleil surmonté d´une croix.
- Vénus est un Soleil qui coiffe la croix.
Ces deux signes inversés comme
dans un miroir sont des métaux solaires.
- Jupiter est désigné par une croix où s´inscrit un croissant dans
le quart supérieur gauche.
- Et Saturne la même croix dont le croissant s´inscrit dans le quart supérieur
droit.
Ce sont des métaux lunaires.
Quant à Mercure, c´est une croix surmontée du Soleil que coiffe le
croissant de lune. Sans distinction, ce symbole désigne un métal androgyne qui
peut s´allier avec les métaux solaires et lunaires. C´est avec lui que
va s´opérer la conjonction.
Hélios, le Soleil, est un Dieu à part dans la mythologie, il n´entre
pas en conflit avec les autres Dieux, ne participe pas à leurs querelles : il voit tout,
domine tout. C´est une fin, après lui il n´y a rien. Sa naissance
d´Hyppérion et de Theia lui a conféré un statut spécial
ainsi qu´à Sélène (la lune), EOS (l´aurore), ses deux soeurs.
Le représentant d´Hélios désigné par le signe planétaire
O est Apollon le Lion Rouge, notre réalgar.
A l´or, métal solaire, s´adjoignent le cuivre de Vénus et le fer de
Mars. Certain épisode de la mythologie grecque nous apprend qu´Aphrodite avait
pour Ares des affinités très marquées.. Elle était l´amante
d´Arès et Héphaïstos, le mari trompé acceptait son infortune
avec bienveillance.
Héphaïstos, Dieu forgeron, représente le feu qui scellera l´union du
fer et du cuivre.
Les termes qui désignent les trois composants du soufre sont :
Les trois lettres initiales ne sont que les 3 A de l´azoth de Paracelse.
Le commencement de l´infini dans les trois langues sacrées.
| A | à | Z |
| Alpha | à | O |
| Alep | à | Th |
SOL
Vénus
Mars
Et la lecture des trois premières lettres, verticalement et de haut en bas donne :
- S V M -
qui est la définition que Jésus-Christ donne de lui-même : " JE SUIS ",
mais aussi celle du soufre philosophique.
Un adepte peu connu, René Schwaeble a donné dans son livre " L´Alchimie
Simplifiée " une description remarquable du soufre.
Il utilisait pour son
expérimentation de l´or natif, d´où une préparation peu
rentable, mais il démontra que la transmutation des métaux n´était
pas un mythe, ce qui était le but de son œuvre.
Sa façon de travailler l´or, et le résultat laissent à penser
qu´il œuvrait à coup sûr et que c´était un adepte qui
parlait.
Un autre alchimiste désigne le soufre par un dragon que l´on tue avec une
épée flamboyante au pommeau de cuivre : le dragon, le réalgar, est
tué par le feu incandescent et le cuivre supporte le fer. Rien n´est omis, les
vapeurs suffocantes et nocives tourbillonnent...
La composition du soufre était connue, représentée, décrite.
Fulcanelli, lui, disait d´utiliser des métaux de mêmes affinités,
de ne pas mélanger au départ les mâles et les femelles (lire les rouges
et les blancs). Tout l´art est là.
Pour travailler ces trois éléments : il faudra d´abord pulvériser le
réalgar, puis le dissoudre avec de la potasse.
Un poème de F. Villon, tiré de la Ballade, donne la définition du soufre.
En réalgar, en arsenic rocher
En orpiment, en salpêtre et chaux vive
En plomb bouillant pour mieux les emorcher
En suif et poix détrempé de lessive
Faite d´étain et de pissat de juive
Dont voici la traduction :
Dans le minerai de réalgar ou d´orpiment
Que tu dissous avec de la soude (potasse)
Rendue liquide pour le ronger
Rendu comme poix détrempé, (c´est-à-dire)
Fermenté dans le bain de Marie la juive (bain marie).
Dans cette strophe, tous les éléments sont désignés et la
description comporte peu de mystère. Villon a été un Initié
avant que d´être un adepte de la Cour des Miracles.
Mais, reconnaissons que s´il a livré au vulgaire l´art de I´Argô,
le véhicule, l´arche des Argonautes, c´est-à-dire un langage
secret, il a su lui conserver avec une ironie marquée, son symbolisme : l´Argot
Cabalistique étant devenu l´argot de la cabane (prison) parlé par les
malandrins, la langue Verte : (de Vert = Vérité).
A ce sujet, l´Argot, langage mystérieux, a été construit par
l´homme aux cent yeux, celui qui sait et qui voit tout, Argus, tué par
les Argiphontes, (autre nom de Mercure).
A sa mort, les dieux se sont emparés de
ses yeux dont ils ont ocelé la queue d´un paon. En clair, le mercure détruit
et tue et au stade final de l´opération, les couleurs irisées sont celles
du paon.
Il faut détruire le réalgar avec de la potasse afin qu´il se fixe car c´est
un corps très volatil, puis on ajoute à la composition, le fer et le cuivre
réduits en sel (nitrate).
La fermentation va se produire au bain-marie pendant
40 jours. Après on laisse sécher lentement la préparation au soleil qui
la réduit enfin en poudre.
On va travailler cette poudre avec un modérateur car l´opération
s´avèrerait par trop dangereuse. C´est un autre élément
naturel que l´on va prendre, appelé huile de pierre, huile de terre (il faut
rester dans le règne minéral), que nous connaissons et utilisons tous : le
pétrole incolore.
Il faut utiliser une cornue au col effilé pour que l´échappement se fasse
avec modération et pour qu´il y ait à l´intérieur du ballon
une légère compression.
La distillation se fera à feux doux, 30° au maximum au départ et on
augmentera progressivement la chaleur jusqu´à 80° maximum.
Alors apparaîtra un distillat de couleur rouge : c´est le sang du Christ, le
sang du Graal, on dit aussi que le pélican perce ses flancs.
Ce travail est long et difficile car il faut surveiller constamment la température de
manière à ce qu´elle n´excède jamais 80°.
Il faut mettre à part le distillat rouge recueilli ; les résidus que contient
la cornue doivent être lavés plusieurs fois avec le premier distillat obtenu et
incolore. On filtre cette préparation avec un filtre ordinaire pour
récupérer toute la matière colorante rouge.
Au terme de
l´opération on réduira lentement la liqueur rouge à 30°,
par évaporation jusqu´à consistance résineuse d´une
matière rouge appelée soufre philosophique.
Un Roi est né de votre travail.

Les résidus que contient le filtre sont très nocifs et dangereux : c´est
un poison mortel qu´il ne faut pas manipuler mais enterrer profondément.
Dans cette opération lente (il faut compter plus de trois mois pour obtenir le
résultat final, en partant du réalgar) vous avez transformé trois
métaux : réalgar, cuivre, fer n´existent plus, il n´y a pas un
alliage, mais création d´un nouveau-né que l´on peut utiliser
à des fins intéressantes.
Quant à nous, nous nous contenterons du
Soufre, matière entrant dans le Grand Œuvre.
Vous ne pourrez pas aller plus vite, chaque opération est indispensable pour la
réussite de l´expérience et les délais sont à respecter.
Ceux qui veulent en rester là le peuvent : le résultat obtenu n´est pas
négligeable. Vous avez matière à réflexion et à votre
disposition un corps aux possibilités multiples qu´il vous est loisible de
chercher et de trouver.
Bien des adeptes ont jugé suffisant le soufre qu´ils ont travaillé
à leur façon : ses emplois sont variés, c´est un réducteur,
un colorant puissant. Saint Germain n´a employé que le soufre et c´était
le plus grand teinturier qui ait jamais été.
Le soufre a aussi un pouvoir
de cristallisation très puissant. C´est tout ce que l´on peut dire
à son sujet, si ce n´est que certains pharmaciens pourraient l´utiliser
à un stade plus élaboré.
Tel qu´il est, il vaut
déjà bien plus que tout ce qui existe. Et il va nous être indispensable
pour le Grand Œuvre.
On peut obtenir un soufre légèrement
différent en partant de l´or.
Et il s´agira, pour cela, d´extraire le principe vital de l´or, comme le
décrit si bien Schwaeble.
D´abord, réduire l´or en chaux : pour cela, prendre de l´or en
feuille, le dissoudre dans du mercure vulgaire (celui-là étant androgyne va
aussi bien avec le soufre qu´avec le mercure philosophique).
Ensuite, laver et pétrir jusqu´à ce que l´amalgame soit dur et que
l´eau coule claire - Mettre dans une capsule de porcelaine cet amalgame et l´acide
obtenu de la façon suivante : Prendre un kilo d´acide azotique à 40°, y
ajouter 300 g de matière animale sans éléments graisseux (du mou par
exemple), chauffer jusqu´à dissolution complète de la matière organique
et filtrer sur amiante. C´est un acide oxalique, dont la composition atomique
est C4 H2O9. Alors que l´acide oxalique ordinaire a
pour composition C2 H2 O2. Cet acide, tout en ne dissolvant
pas l´or, fait disparaître le mercure.
Ainsi, on a ouvert l´or. C´est ce que l´on appelle la calcination par voie
humide. Il ne reste que le fixe. Cette chaux (la terre primitive) de couleur blanche, est la
magnésie, la terre vierge, prête à être travaillée pour
donner le soufre.
Prenons cette chaux blanche d´origine aurifère, bien lavée, plaçons-la
dans un matras de forme ovale à long col. Versons sur cette terre une huile soufreuse et
non sulfureuse, de nature minérale, c´est-à-dire du pétrole et
mettre au feu de digestion de la même façon que pour le composé de
realgar. On obtient le liquide rouge, puis le soufre philosophique.
Mais si avec ce
procédé vous obtenez une transmutation dans l´œuvre finale vous
n´obtiendrez que des résultats médiocres d´un rapport maximum de
1/1. C´est-à-dire, dérisoire, à nos yeux.
Et pourtant, avec
ce soufre, réduction condensée, vous pouvez changer du plomb en or.
On
peut, de plus, utiliser à d´autres fins, ce soufre issu de l´or
directement, ainsi que la poudre de projection dans le domaine médical par exemple.
Mais là est un autre sujet.
Revenons à ce qui nous concerne...