Au Commencement était le Verbe,
Et le Verbe était avec Dieu,
Et le Verbe était Dieu.
Premières phrases de la Bible... premières paroles
dictées à Moïse, et qui révèlent la puissance créatrice
des mots, des Maîtres-Mots, tout au long de la Genèse.
Le Dieu au nom imprononçable, façonne Adam dans un bloc d´argile, et
l´homme est né de Dieu,.. l´Homme-Dieu était né, qui
découvrait sa solitude.
L´énergie domptée émanait de
Dieu et baignait l´univers sorti du Chaos.
Adam drossé par ces forces vives
s´éveillait à la Vie, plongeait en elles, s´imprégnait
d´elles, tout puissant, à l´image de Dieu qui l´avait
créé.
Et l´homme sans mémoire, aux pouvoirs immenses qu´il
détenait sans partage, créa Eve par la puissance de son Verbe, par la force de
son Désir.
Ils étaient deux à communier dans la Connaissance, sans
effort et sans peine, capables de créer par leur attouchement et leur souffle.
La naissance d´Abel et de Caïn réduisit ce pouvoir, et fit d´Adam,
d´Eve, et de leurs descendants, des hommes nus, vides de Savoir.
La Connaissance devint la " Parole Perdue "...
Il est bon de noter le pouvoir de la parole dans les civilisations de traditions orales ou
écrites. De l´Antiquité à la Renaissance, le Maître, du
Prêtre au Maître-Compagnon, lègue de bouche à oreille
l´Enseignement, la Maîtrise, le Secret.
C´est au contact de deux êtres que se créent des liens, l´enseignant
et l´enseigné, qu´a lieu la Révélation, l´intuition
qui décèle le vrai Disciple.
C´est au contact de deux hommes que
s´opère la transmission : Socrate et le Christ n´ont pas laissé
d´écrits.
L´écriture est la mémoire des hommes, est-il dit
ailleurs, mais les textes d´un Mathieu, d´un Jean et d´un Platon sont
déjà, même chez les disciples les plus fidèles, des transpositions.
Saint Jean Bouche d´Or, Orphée, sont là, et non des moindres, pour
illustrer notre propos.
Pouvoir de création, de séduction des Mots que l´on prononce, que
l´on scande, que l´on psalmodie.
Il faut signaler ici, à partir du
radical latin : Canto, je chante, les doublets obtenus en langue française.
Cantatrice, cantique, mais aussi chanter, enchanteur, incantation.
Le musicien
Orphée, par la puissance de son chant, charmait les hommes et les bêtes, et
Cerbère dompté lui permettait l´accès aux Enfers.
Pouvoir du Verbe, pouvoir du Chant dans les sociétés africaines, mais
encore en Berry ou en Ecosse. Le Sorcier ne peut agir qu´en psalmodiant, qu´en
scandant des incantations obscures pour faire lever l´envoûtement.
De nos jours, cette science perdue, retrouvée, dérobée, éclate
dans les slogans publicitaires ou politiques, les sectes et les églises : Paroles
divines, les MANTRAS : mots que l´on prononce intérieurement pour
atteindre l´état de méditation, sont universels et ne peuvent
être revendiqués par une civilisation ou un peuple.
Quand des personnes inquiètes, en quête d´absolu, s´adressent
à des sectes, à des ordres se disant dépositaires d´un savoir
ancien, elles espèrent recevoir un enseignement ponr accéder à la
Vérité première.
Mais, en définitive, qu´offrent à leurs adhérents ces mouvements
créés de toutes pièces suivant la demande, les besoins du moment, la
conjoncture ?
Ces mouvements religieux sont toujours les mêmes, quelles que soient les
époques, ils font surface, intacts et inchangés quelle qu´ait été la durée
de leur disparition; Ils prolifèrent, se multiplient quand les temps s´y
prêtent et ils exploitent en toute impunité la crédulité, la
naïveté et la sottise des hommes !
Comment qualifier un enseignement dispensé avec parcimonie et mystère à
la masse, dévoilé à une élite choisie en raison de sa
notabilité ou de sa fortune ?
Que penser de mouvements qui, ne faisant plus commerce des indulgences, négocient le
bonheur et la vérité au profit de leurs dirigeants ?
Pour capter l´intérêt des disciples et compenser l´inanité
d´un enseignement, les organisateurs n´hésitent pas à utiliser des
pratiques magiques : on recense tous les symboles existants, on se les attribue, on les
utilise en toute impunité, même s´ils sont contradictoires.
Et puis, on fait appel aux mantras, ce qui donne au mouvement ses lettres de noblesse, qui
l´authentifie et lui confère la note d´orientalisme sans laquelle un
ordre ne saurait exister de nos jours.
Certains utilisent l´ordinateur pour la recherche des mantras.
Le malheur est que tous les mouvements, sans exception, se trouvent en possession des
mêmes mantras, optiques ou sonores, dont ils se disent les seuls détenteurs.
Le danger est que ces mots-clefs, par leur résonance, leur vibration sonore,
conditionnent celui qui les prononce, les récite, les subit à son insu et
qu´il se met ainsi, à la merci du maître des mantras.
Ces mots peuvent mettre en état d´hypnose l´adepte convaincu qu´il
n´est plus maître alors de ses sentiments et de ses actes.
Ces mots-clefs, détenus par les responsables, enseignés par eux, ont toujours
été connus des prêtres, des maîtres, des dirigeants. Ce sont des
mantras qui étaient d´origine divine.
Ce sont ces mêmes mantras, psalmodiés par la foule, qui font la seule puissance
du mouvement, sans eux, ils n´existerait pas !
Il existe deux sortes de mantras : les Chinois appellent " MANTRAS du BAS " ceux
qui conditionnent, asservissent les adeptes et " MANTRAS d´en HAUT " ceux
qui élèvent, qui sont des appels.
A l´origine, tous les mantras étaient utilisés pour Dieu, en fonction de
Dieu et jamais pour l´homme.