Un adage alchimique énonce :
" Ce qui est en haut
est comme ce qui est en bas ".
L´Alchimie de la Matière met en œuvre des principes que l´on
retrouve dans l´Alchimie Spirituelle.
Les différents stades de la transformation de la matière première, vile
et corruptible, pour arriver à la pierre philosophale sont successivement :
La Putréfaction :
Elle correspond à la descente de l´homme dans la matière.
C´est la phase pendant laquelle l´attrait du factice et de
la société va le faire chuter, au risque de tuer en lui tout honneur, toute
dignité, toute conscience.
Au terme de cette phase,
- ou bien, l´homme s´est laissé totalement piéger par le
système dans lequel il vit, et il y a disparu, transformé en robot,
n´ayant plus aucune pensée propre. Sa vie se résume alors à
travailler, consommer et jouir ;
- ou bien, il a encore un sursaut de vie et de lucidité et il s´insurge contre
l´absurdité de la vie qu´on veut lui faire mener. Il se dit qu´il
n´est pas possible qu´il soit sur Terre pour des finalités aussi
dénuées d´intérêt.
Si l´homme a ce sursaut de vitalité, tous les espoirs lui seront alors
permis, sa putréfaction, sa descente dans la matière n´aura pas
été inutile ; alors qu´elle aurait engendré sa mort spirituelle
s´il n´avait pas vu la nécessité de s´en sortir, cette
simple prise de conscience donne un autre sens à sa vie, et lui ouvre la porte de
l´étape suivante : celle de l´initiation, de la purification.
La Purification :
Pendant cette phase, symboliquement la couleur passe du noir au blanc,
cela veut dire que l´homme va s´épurer
de ses imperfections, de toutes les erreurs que son éducation lui avait fait
prendre pour des vérités.
Tout doucement, il va se mettre en chemin, de
prise de conscience en prise de conscience, pour se connaître lui-même et
connaître le monde qui l´a fait naître.
Dans cette descente
en lui-même, il se heurtera à tout ce que son milieu a voulu faire de lui
et il devra s´en libérer. Il se heurtera à toutes les mémoires
de l´humanité qu´il porte en lui et qui aujourd´hui sont devenues
un frein à son évolution.
Pendant ce processus de transformation il
comprendra que le mal et le bien que définit la société, sont des
chimères ; il reconnaîtra qu´une qualité aujourd´hui
pouvait être un défaut et une faiblesse il y a quelques centaines
d´années. Inversement, un défaut aujourd´hui pouvait être
une qualité vitale chez un homme de Cro-Magnon.
En conséquence, le bien
et la mal sont relatifs à l´évolution : le bien se transforme en mal
si on le perpétue au-delà de sa nécessité.
Par exemple, le
désir de sécurité est un bien, s´il reste un moyen de se
libérer l´esprit ; l´individu qui a un toit, une profession, sait
qu´il n´y a pas nécessité pour lui de rechercher abri et
nourriture, aussi il petit utiliser son mental à autre chose.
Par contre,
et c´est valable pour presque tout le monde dans nos sociétés occidentales,
quand la sécurité n´est plus un moyen, mais une valeur instrumentale,
quand elle est devenue une finalité, elle est dans ce cas, un mal.
L´homme n´utilise plus la sécurité pour vivre, il vit
pour sa sécurité et en meurt étouffé.
La sécurité sous toutes ses formes, est aujourd´hui le fondement de
nos structures collectives : sécurité financière, psychologique,
sentimentale, physique, métaphysique ; il faut être garanti, assuré,
protégé contre tout !
A ce moment là, la
sécurité instrument de vie, si elle s´était limité à
sa fonction première, devient instrument de mort.
- Mort mentale d´abord, parce qu´elle entraîne un arrêt de
l´évolution, de l´intelligence humaine,
- puis mort physique, quand elle atteint son aboutissement.
Aujourd´hui, nos sociétés s´éteignent économiquement, politiquement et
moralement par la sécurisation.
Demain, les nations risquent de mourir à force de
s´être sécurisées par accumulations d´armes de toutes
sortes, elles mourront alors par les mêmes armes qui devaient les protéger, au
nom de la sécurité qui devait les faire vivre.
En conséquence, ce qu´aujourd´hui les sociétés
définissent comme un bien est souvent un mal.
L´Alchimiste doit s´en rendre compte ;
Ce que tous les individus recherchent, est le plus souvent à fuir et ce qu´ils dédaignent est
peut-être digne d´intérêt.
Nos civilisations sont à leur fin et tout fonctionne à l´envers.
Elles n´ont pas pris conscience que la vie
de l´homme devait prendre une dimension autre que celle de sa jouissance matérielle,
pour s´être arrêté à ce stade, elles amènent
l´être humain à disparaître et s´amènent
elles-mêmes à disparaître.
Elles sont devenues des monstres de
complexité, mais aussi de fragilité et, surtout, elles ne justifient plus
leur existence que par l´inutilité : les loisirs, le confort au-delà
du raisonnable, la mode, la surconsommation effrenée, l´exploitation
démesurée des ressources de la Terre.
Pourquoi tout celà... pour rien !...
Pour se saoûler dans une illusion de jouissance, de sécurité.
Cette évolution est irréversible et mortelle... tout doucement ce qui faisait
la vie de l´homme disparaît.
Ce qui ne sert à rien, la paperasse,
le factice, le gadget, la législation, l´administration, remplacent la
créativité, l´utile, l´individualité.
Ce qui est
mort impose son carcan à ce qui vit encore.
C´est alors que l´homme comprendra que sa chûte dans la matière
était une nécessité.
Par l´exploration de cette dimension,
il a pu se forger une intelligence, une connaissance et une compréhension des
êtres et des choses qu´il lui était impossible d´acquérir
autrement.
C´est parce qu´il tombe que l´enfant apprend à
marcher !
C´est parce que la matière nous emprisonne que nous ressentons le besoin
de la connaître pour la maîtriser, puis de nous en libérer
lorsqu´est redécouverte la dimension de l´Esprit.
Ainsi, au fur-et-à-mesure de sa compréhension de lui-même, de tout
ce qui l´entoure, l´Alchimiste saura remettre les choses à leur
place. Il se libérera progressivement de tous les pièges dans lesquels
il se laissait disparaître.
Pendant cette phase de purification sa couleur symbolique virera progressivement du noir
qui marquait la putréfaction, la vie végétative sans conscience,
au blanc qui signifie en même temps, pureté et mort ; mort à ce
simulacre de vie, revue et corrigée, par les structures humaines.