Avant d´être un écrivain pour que l´écrit
transmette la connaissance au delà d´un contexte de proximité,
Monsieur Roger GUASCO est un homme qui porte une parole vivante, qui interpelle ceux qui ont la chance de le
renconter. Il est de ceux pour qui la parole est
un espoir, une liberté en dehors de toute structure, de toute école,
de toute récupération.
Quelques questions lui ont été
posées...
Q - Actuellement, l´homme
est obsédé par sa santé. Il considère la maladie comme
une fatalité. Qu´en pensez-vous ?
R - La maladie
n´a rien à voir avec la fatalité. Elle est très souvent
fabriquée de toutes pièces par l´homme. Qu´il s´agisse
d´une maladie contagieuse ou d´une atteinte psychosomatique,
l´humain a de toute façons en lui toutes les possibilités de
défense, et dans ce contexte, si le médecin est utile, il ne doit
être ni une fatalité ni une finalité. Je m´explique :
tout va trop vite aujourd´hui dans la société. L´homme
n´a plus le temps de s´adapter. Il subit trop d´agressions,
bruit, pollution, surmenage, conditionnements...
Ces instructions multiples
ont amené l´apparition de maladies nouvelles dites de «
civilisation » : le cancer, les dépressions nerveuses, les maladies
cardiaques… Elles témoignent en fait de la mauvaise adaptation à
un monde trop artificiel, un monde que l´homme refuse au plus profond de
lui-même. Si l´homme comprend ce que ces maladies représentent
réellement, il ne se contentera plus de soigner les symptômes par
les tranquillisants, les drogues, le yoga. La maladie n´est plus un coup
injuste du sort, elle devient une véritable sonnette d´alarme et dans
ce sens, c´est le moyen pour l´homme d´évoluer, de
s´en sortir. La maladie vue de cette façon, c´est le risque
de l´homme du XXe siècle, et le risque, c´est la vie, c´est
le contraire de la sécurisation à outrance. L´homme possède
en lui toutes les possibilités biologiques de défense et d´agression
et peut ainsi décider du OUI ou du NON de sa maladie. Quant il dit oui,
il abdique, il capitule, il ne croit plus en lui. Quand il dit non, c´est
justement parce qu´il entend la sonnette d´alarme et qu´il
décide de réagir, de démontrer les conditionnements qui lui
font jouer la comédie 24 h sur 24. Il peut en être maître de
cette maladie mais pour cela, il faut qu´il ait confiance en lui. L´organisme
et les anticorps sont alors suffisamment forts pour lutter, et il y a évolution
dans le sens d´une compréhension qui lui permet de résoudre
des conflits, et de se libérer de certaines contraintes physiques et mentales.
A ce moment là, on pourrait presque dire que c´est la foi qui intervient
et qui fait fonctionner le cerveau pour créer des anticorps.
De même quand à la seule vue du médecin, le malade est soulagé,
c´est qu´il croit en son médecin et c´est bien de foi
qu´il s´agit. Cette foi n´est pas hasardeuse du tout. On
s´aperçoit que quand elle disparaît, la maladie empire et peut
alors entraîner la mort.
Si la maladie est causée par un
agent extérieur (piqûre, blessure, microbes), le processus est différent,
mais l´homme n´a pas forcément besoin de causes externes pour
être malade. On peut même dire que le plus souvent, il invente ses
maladies, parfois il les invente par la peur...Certains médecins sont
responsables des maladies de leur patients... Quand ils parlent de cancer à
un malade, se rendent-ils compte que le malade est tout prêt à
l´inventer ce cancer ? Actuellement, c´est la maladie qui effraie le
plus l´homme et elle fait des ravages. La lèpre a presque totalement
disparue parce que la peur de cette maladie a été remplacée
par la peur du cancer.
Quand à ceux qui ne sont pas malades parce
qu´ils sont bien dans leur peau, qu´est ce que cela veut dire «
bien dans sa peau !» Cela signifie être en accord avec soi-même,
me direz-vous ; l´inconscient est « bien dans sa peau », le
sportif aussi, mais eux, évidemment, on ne peut pas dire qu´ils se
posent beaucoup de questions !
Q - Peut-on faire le parallèle entre le comportement de l´homme dans
son environnement et la maladie qui s´attaque à un organisme
jusqu´à entraîner la mort et disparaître avec lui ?
R - En effet, l´homme se comporte comme la maladie par
rapport à ce qui l´entoure ; on se demande s´il n´est
pas lui-même la maladie de la Terre.
Quand il est en équilibre,
en harmonie avec elle, elle le tolère. S´il l´agresse en la
détruisant, en la polluant, en se multipliant à outrance,
l´acceptera-t-elle encore longtemps ?
L´homme est une finalité,
un aboutissement. Aucun être évolutif n´a été mis
en place après lui. Il pourrait donc vivre en communion avec la Terre, la
comprendre, chercher à comprendre pourquoi il est là. Mais quand il
vit en parasite de cette Terre, qu´il cherche à s´imposer à
tout prix, qu´est-ce que cela veut dire ? Cela signifie qu´il est la
leucémie de la Terre, qu´il l´asphyxie. Il la fait mourir par
ses exigences de calories, de bouffe, de confort. C´est un véritable
cancer.
Q - Alors, pour vous, l´homme est un être nuisible ?
R - Il l´est en un fait qu´il se croit supérieur
à tout ce qui vit sur Terre, il a le droit de vie et de mort sur les animaux,
selon qu´ils sont domestiques ou pas beaux ou moches, utiles ou pas. Il
décide de tout cela. Il fait une atteinte totale à la liberté
qu´on lui a laissée pour apparaître, pour exister. Cette
liberté, tous les jours, il la retire aux autres. Et pourtant, il fait
partie d´un tout. Le merveilleux de l´homme justement, c´est
qu´il est issu de toutes les vies, de tout ce qui a exister sur Terre,
même les pierres, les plantes, les coquillages... S´il avait compris
cela, il serait moins nuisible, moins dangereux.
Dans la société,
le croissez et multipliez est devenu un véritable mot
d´ordre. On a pourtant retrouvé des écrits anciens qui
disaient le contraire. De tous temps, des hommes ont crié "attention" et
de tout temps on les a fait taire. Au départ, on peut comprendre
le "Croissez et Multipliez" du lointain passé de la nation juive, minorité de
pasteurs, par rapport à la nation égyptienne qui était une
grande puissance. Mais après, cela devient aberrant. Et pourtant, l´homme
a continué et maintenant c´est au nom de la consommation que sévit
ce commandement.
Les religions ont instauré une morale, un soi disant
respect de la vie, afin d´accroître le nombre de leurs adeptes, chacune
voulant être la plus puissante. Cette multiplication excessive asphyxie la
Terre entière, et tout ça, pour le plaisir de dire : " Nous
sommes les Maîtres " !
Q - Que représentent alors les croyances actuelles pour vous ?
R - Les premières croyances qui reconnaissaient les
puissances de la Nature étaient beaucoup plus vraie que les dieux fabriqués
et structurés il a 4.000 ou 5.000 ans. Ces cultes étaient peut-être
utiles au départ et correspondaient à certains besoins ; maintenant,
ils n´ont plus de sens, ils sont très matériels et imposent
à l´homme une façon de vivre, de se comporter dans la famille,
ils sont très fonctionnels. Ce sont des dieux hommes qui n´ont été
inventés d´ailleurs que pour s´occuper des affaires des hommes.
Si l´homme avait regardé autour de lui, il se serait très
vite aperçu qu´il n´était pas issu de ces divinités.
La création est une liberté totale qui se manifeste dans toutes les
formes de la vie et le fait que l´homme ait inventé des cultes très
conditionnés et conditionnant, ça veut dire qu´il les a fabriqués
à sa convenance. Il a rabaissé Dieu à dimension d´homme
et celui dont il parle, c´est Polichinelle. Un Polichinelle qu´il a
créé de toute pièce, où le bien se confond avec le mal,
où l´argent a beaucoup d´importance, où il y a des chefs
et des esclaves, où les privilèges de la descendance, du droit
d´aînesse, de l´héritage, les droits de tout ordre régissent
la société. Tous ces droits sont contraires à la liberté,
contraires à tout ce dont l´homme a bénéficié
pour pouvoir exister, car il oublie trop vite qu´il n´existe que par
les autres.
En fait, ses idoles justifiant son comportement, elles
n´ont rien à voir avec la réalité. La réalité,
c´est la Création, l´oiseau, le prédateur, les fleurs…
Et lui, l´homme, il épargne les fleurs qu´il aime au détriment
des fleurs sauvages en mettant du désherbant... Il a supprimé 2.000
à 3.000 espèces de fleurs, simplement pour le plaisir d´avoir
des grains bien triés. Il a trié l´ivraie avec du désherbant...
C´est une économie de main d´œuvre... Mais il ne se rend
pas compte qu´en agissant ainsi, il est en train d´aseptiser la Terre
et aseptiser la Terre, c´est la tuer.
Il bafoue toutes les libertés
et le paradoxe, c´est que si on en parle de cette liberté, on passe
pour un illuminé. Quand les religions s´imposent, elles savent bien
qu´elle sont fausses, que les origines dont elles se réclament ont
été démontées par l´archéologie ; elles
sont peut-être basées sur un savoir mal compris, mais pas sur une
réalité. Actuellement, l´homme sait qu´il peut faire le
tri dans ce qu´on lui propose. Il a la vérité à sa porte.
Les dogmes au départ ont peut-être entrevu une puissance cosmique,
mais ils justifient surtout un dieu-homme aujourd´hui ; ils se mêlent
à la vie politique, se préoccupant du partage des terres… Maintenant
qu´on arrive à une certaine compréhension de l´univers,
grâce aux connaissances livresques et à l´intellectualisme,
l´homme découvre que des dieux à la X ou à la Y ça
ne tient pas debout du tout.
Puisqu´il se dit intelligent, il
devrait accepter de les remettre en question et de se remettre en question.
Q - Est-il possible d´avoir une vision de Dieu en dehors de toute
religion ?
R - Oui, car toutes ces divinités qui
interviennent dans tous les actes de la vie courante n´ont rien à voir
avec la formidable puissance cosmique d´origine. Rendez-vous compte, pour
cette force, notre système solaire ne représente même pas un
atome, et on voudrait la faire participer à notre vie matérielle,
à nos petits tracas de tous les jours, c´est absurde !
Qu´est-ce qu´on perdrait si on admettait de se remettre en question,
si on voulait bien se demander une fois "qu´est ce que ça veut
dire véritablement Dieu, qu´est ce que ça représente ?
". Personne n´y perdrait rien au contraire.
On pourrait
espérer alors aller beaucoup plus loin.
Q - Mais pourquoi l´homme s´entête t-il, pourquoi ne
veut-il pas voir autre chose ?
R - L´homme est dans son
caca et il veut y rester. Ce n´est plus un idéal qu´il recherche ;
on s´aperçoit que le monopole qu´il veut conserver, il le revendique
par la force et non par la compréhension… C´est l´homme qui
espère qu´un jour, il remplacera la force qui l´a créé.
On s´aperçoit avec stupeur que certains dieux, tels
qu´ils ont été conçus, représentent une vengeance
de l´homme. Moïse avait fui l´Egypte après avoir commis
un crime et en représailles, il a discrédité les idoles de ce
pays. Les Egyptiens géraient la nation ; dans ce sens, ils étaient,
aux yeux des Hébreux, de véritables dieux et quand le peuple des
esclaves s´est délivré de leur emprise, il a pu penser qu´il
avait vaincu une puissance supérieure. A ce moment, il a commencé
à exister, à prendre conscience de lui-même et a acquis une
certaine force. Et ensuite, les Hébreux ont continué à
considérer que leur force, c´était la force contre Dieu, ils
ont poursuivi la confusion entre leur maître égyptien et une puissance
divine. Et depuis, ils ont toujours lutté contre la Nature. Pourquoi ?
On ne peut nier que dans cette compétition, l´homme a fait un certain
travail ; il a développé sa compréhension, il s´est
affirmé. Mais ce qu´il aurait fallu, c´est que tout au long,
il comprenne progressivement que ce qu´il découvrait ne lui appartenait
pas. Qu´il reconnaisse que tout existe déjà dans la nature.
Mais une découverte pour lui, il en est l´inventeur. Le trait de
génie, il le revendique, il n´hésite pas, le génie c´est
lui ! Il dit : « Je me suis endormi et paf ! Eurêka ! » Il admet
qu´il a saisi une idée dans l´air, il sait très bien
qu´il n´en est que le réceptacle, mais par orgueil il se
l´approprie.
Le Professeur Is.. a dit que son but principal était
de lutter contre la nature. Mais puisque la nature, c´est la création,
il lutte contre cette création. Comment ces gens-là peuvent-ils dire
qu´ils croient en quelque chose ? Le Messie qu´ils attendent est un
super homme fabriqué de toute pièces, le superman, Goldorak des
bandes dessinées, un super homme qui éventuellement sera maître
de la galaxie.
L´homme qui impose sa doctrine à coups de
cloches, de versets, de psaumes et de prières, cela n´a pas de sens.
On parle d´amour, de bonté, de fidélité… mais ces mots,
que veulent-ils dire ? On peut les interpréter comme on veut, ils n´ont
pas empêché l´homme d´être barbare, cruel. Depuis
6.000 ans il n´a connu aucune évolution mentale, il se croit le plus
fort. Il s´est permis tous les excès, tous les abus et il continue.
Q - Tous ces débordements, ces bavures, n´ont-ils
pas été le fait de minorités et d´exaltés ?
R - Non, ils ont été réalisés avec la
bénédiction du plus grand nombre. L´inquisition a été
un véritable phénomène social, une corruption généralisée
où calomniateurs, dénonciateurs, ceux qui punissaient et ceux qui
profitaient de la punition en s´appropriant les biens spoliés,
étaient complices. Les Cathares disparus, les Templiers ont été
décimés avec la même ardeur quand ils ont eu terminé
leur travail. Et plus, ça a continué. On ne peut pas dire qu´Hitler
a imposé à toute une nation son point de vue. Non, il y a le bon
vouloir de tout un peuple qui fort de sa puissance a participé aux horreurs
que l´on connaît. Le communisme en a fait autant avec Staline ; de
même quand les Européens ont débarqué en Amérique,
ils ont massacré les indigènes avec bonne conscience. L´Irlande,
Israël connaissent les même excès. Israël se dit héritier
de certains territoires qu´il a quitté depuis plus de 3.000 ans. Ca
ne tient pas debout ! A ce moment-là, les Wisigoths peuvent revendiquer la
France et les Huns également...On se trouve confronté à un
phénomène social de justifications, d´ambitions paranoïaques
et dans ce contexte, ce qu´on peut appeler Dieu en tant que force cosmique
et créatrice est véritablement remis en cause. Incontestablement,
quand on tolère de tels agissements, on l´assassine. Quand on commet
les pires cruautés en son nom, il faut avoir un sacré culot ! Qu´est-ce
qu´il représente là-dedans, un désir de puissance, de
domination alors qu´il est une force cosmique, ce n´est pas possible !
Q - Cette force cosmique, l´homme peut-il espérer
la connaître ?
R - Il faut bien comprendre que si cette
force apparaissait dans sa totalité, sa puissance serait tellement énorme
que tout disparaîtrait, la galaxie se volatiliserait.
Par contre,
cette force peut se manifester très localisée, très limitée
si l´homme la souhaite. Ce souhait, c´est peut-être l´espoir
que tout homme a encore au fond de lui. Mais pour cela il faut qu´il comprenne
le pourquoi de son existence. Il lui faut concevoir l´intellectualisation
non comme un moyen de domination, mais comme une possibilité d´épanouissement
qu´il utiliserait pour saisir le pourquoi et le comment des choses. Il saurait
alors pourquoi il est l´aboutissement de l´évolution. Il comprendrait
qu´il est issu de tout, que de génération en génération,
par des mutations successives, il est arrivé là où il est.
Il a été le protozoaire du départ...Il est fait pour comprendre
ce qu´il a été au départ, à quoi ont servi toutes
ces mutations, quels souhaits les ont fait apparaître...A ce moment-là,
il fait partie du tout et tout le monde sert à tout. Toutes les compréhensions
sont utiles, celle du malade, du bien portant, du beau, du moche, du riche, du
pauvre… Alors on comprend que chacun puisse espérer ne pas avoir été
inutile.
Si on comprenait le pourquoi de notre présence sur
Terre, on en serait heureux et on respecterait toutes les vies, au lieu d´essayer
d´être les maîtres du monde. Cette furie de vouloir égaler
la Création est insensée puisqu´on tue tout pour pouvoir dire
qu´on rivalise avec elle. Et les bombes atomiques, c´est le comble de
l´absurdité ! On ne comprend même pas que l´homme ait
osé les fabriquer. C´est monstrueux en soi car maintenant qu´il
en a des stocks, sous le couvert de la dissuasion, ça veut dire que s´il
y a une guerre, il détruira la Terre mais au nom de quoi ? Quel acte de
propriété l´homme a-t-il dans sa poche pour oser détruire ?
Q - Est-ce que certains hommes ont accédé à
une compréhension cosmique ?
R - Jésus s´est
cru dépositaire d´une puissance alors qu´il ne l´avait pas.
S´il avait en lui une parcelle de cette force cosmique, il ne serait pas mort
crucifié. Un dieu ne peut être crucifié. S´il avait eu
cette puissance en lui, les gens qui l´auraient seulement touché
auraient été foudroyés, le seul fait de penser à tuer
les aurait fait mourir. Qu´ils aient pu se saisir de lui prouve qu´il
n´était encore qu´un homme, peut-être en passe de devenir
quelque chose, mais à ce moment là, il n´était que
l´espérance de cette chose.
Les religions ont beau dire
que la mort de Jésus était nécessaire pour racheter les hommes,
sa crucifixion a été un échec et on a assimilé Dieu
à cet échec. Comment est-ce concevable ? L´homme est prêt
à tout pour justifier ses faiblesses.
Les religions telles
qu´elles ont été reprises par Pierre, Paul ou Jacques n´ont
fait que confirmer les croyances juives où les commandements géraient
une société essentiellement patriarcale et où la femme ne
jouait aucun rôle. Si la femme a été créée, ce
n´est pas pour ensuite être mise à l´écart.
Biologiquement, c´est elle qui donne la vie, ce n´est pas le mâle.
Le fait qu´elle soit écartée de certaines fonctions religieuses
prouve bien le sectarisme de ces religions dont les divinités n´ont
rien à voir avec un dieu universel.
En fait, ce que ces religions
adorent, c´est la société. Elles ont inventé un super
chef d´Etat qu´elles appellent Dieu. Moi, je l´appellerais aussi
bien Alexandre, César ou Napoléon. On les disait issus de droit
divin. L´Eglise était à leur disposition et ils avaient droit
de vie et de mort. C´est le dieu massacreur et vengeur de la Bible.
La puissance cosmique peut apparaître dans l´homme s´il le
souhaite, non dans le sens d´une intervention miraculeuse, mais dans le sens
d´une compréhension, qui signifiera qu´un certain travail est
terminé. Cela voudra dire que l´homme a compris le pourquoi des choses,
et il n´était pas difficile aux prophètes d´annoncer la
venue d´un Messie, dans le sens où l´histoire de l´homme
ne peut se terminer autrement. Ce Messie pourrait représenter cette connaissance,
cette compréhension mais dans le même temps, ça amène
une mesure, une sagesse dans le sens où l´homme sait qu´il est
limité dans son habitat, qu´il n´est pas question pour lui d´en
détruire d´autres. S´il admet cela, il peut espérer
survivre dans ce monde parce qu´il l´aura parfaitement compris. Et
alors, il pourra souhaiter l´esprit, le créer de toutes pièces,
l´enfanter même, c´est le terme exact, l´enfanter par la
pensée.
Il est un fait que si à la fin du cycle, cette
force cosmique peut se manifester, elle détruira ceux qui, à tour
de cloches, à tour de messes, à tour de tubes à essais la
refusent. Le paradoxe, c´est que ceux qui osent critiquer ces pratiques, on
les traite de diable. Mais le diable, c´est ceux qui refusent l´évidence,
qui ne pensent qu´à détruire !
Ils se sont fabriqué
un dieu malléable qu´ils contrôlent même éventuellement,
qui peut être défini par un pape ou un ayatollah. Bien sûr,
c´est un dieu plus abordable que celui du cosmos, pour qui l´homme
n´est qu´un homme et non le superman que l´on veut fabriquer
avec les bébés éprouvettes.
Q - Le mot diable est généralement utilisé par les
religions. Pour vous quel sens a-t-il ?
R - C´est simple.
S´il y avait un ordinateur où on pourrait mettre le oui et le non,
la Vérité et la non-Vérité, on s´apercevrait
que ceux qui se disent bons, en fait représentent le mal ou le diable si
vous voulez. Ils crient « au fou ! » alors que ce sont eux les fous.
La société telle qu´on la conçoit actuellement est
déroutante. Elle refuse la vérité, elle impose des monopoles.
C´est le communisme qui ne reconnaît pas ses erreurs. C´est Barre
qui dit « Il n´y a qu´une politique, c´est la mienne »,
ce sont les présidents qui font des conneries et qui se justifient. C´est
l´atavisme du nom, du diplôme, de la fonction que permet de se croire
supérieur aux autres. C´est la justice de l´homme, code figé
qui écrase l´individu. Cette justice ne se limite t-elle pas au reflet
d´un clan ? Si tu lui appartiens, tant mieux. Si tu ne lui appartiens pas,
tu seras le perdant tout le temps ! Elle est boiteuse, plus que boiteuse et c´est
encore une lutte contre la vérité. Finalement, l´homme a la
hantise de cette machine qu´il ose appeler légale et qui est foncièrement
abusive. La justice, c´est aussi une facette du diable !
Ce
qu´il faut, c´est que l´homme comprenne bien que les idoles
qu´on lui propose ne sont que le souhait de ce qu´il espère
de la société. Vous rendez-vous compte que cette société
c´est le super diable ? Personne n´oserait même imaginer un
diable aussi odieux. Le miracle, c´est de passer au travers, de s´en
sortir sans plaies et bosses. C´est le type qui arrive à la retraite
et qui fait « OUF ! » non pas parce qu´il y est à la
retraite mais parce qu´il a pu y arriver ; il a échappé à
la délation, à la méchanceté, à l´incorporation
forcée, mais à quel prix ! Il a fallu qu´il s´aplatisse….,
sa dignité, il a dû l´oublier. Il y est arrivé, certes,
mais il n´est pas fier de lui...Elle le dégoûte un peu sa retraite,
elle a un goût de vase... Non pas parce qu´il ne la mérite pas,
mais parce que ce n´est pas ça qu´il espérait de la vie…
Pour en arriver là, il a été forcé de marcher à
reculons, de se plier aux exigences de la société. Et puis quelquefois,
il a laissé condamner des gens parce qu´il n´a pas eu le courage
de dire « ce n´est pas vrai », parce qu´il était
prisonnier du conformisme, parce qu´il tenait à sa tranquillité.
Et finalement ! Il voit très bien que cette retraite qu´il espérait
tant, elle ne la lui donne pas cette tranquillité...Au moment de la pesée
finale, de la pesée de son comportement à tous les niveaux, tout au
long de sa vie, il sait très bien que ce n´est pas du bon côté
que va pencher le plateau de la balance.
C´est très important
de savoir qui on est et qui on mérite. Il est un fait qu´actuellement,
on ne peut mériter que les dieux qu´on nous offre. Le morceau de bois
que le pape transporte sur son dos, que représente-t-il ? Le Pape, il faut
bien qu´il lui donne une valeur à ce bout de bois ! Et Dieu, où
le met-on dans tout cela ? Ce Dieu cosmique qui représente l´aboutissement
de toute une compréhension.
Q - Mais alors, que peut faire l´homme pour ne pas avoir ce
dégoût à la fin de sa vie ?
R - L´homme
pourrait être le scribe de la vie. En Egypte, le scribe était un
personnage important. Il était le scribe de la vie, parce que, ce qu´il
inscrivait, passait au-delà de la mort. En transcrivant tous les faits et
gestes de l´homme, il leur donnait une signification. Ainsi, l´homme
devenait responsable.
S´il voulait reconnaître son rôle,
l´homme pourrait être le scribe du Temps. Je crois que cela suffirait
à ses prétentions. Mais non, il veut être plus encore, il veut
être Dieu quitte à le tuer. S´il pouvait inventer le secret de
l´immortalité, il le massacrerait sans hésitation. C´est
d´ailleurs ce qu´on voit dans certains films d´anticipation.
Q - En cette fin de siècle, l´homme qui se dit intelligent,
comment ne se rend-il pas compte que cet état d´esprit est complètement
aberrant ?
R - Quand le cosmos a été créé,
il était intéressant de savoir comment la vie allait pouvoir habiter
cette dimension et il fallait bien qu´un être fasse le scribe de tout
le travail qui s´est réalisé depuis quatre milliards d´années.
L´homme, en haut de l´échelle, avec sa compréhension,
son intellectualisme, aurait dû se limiter à cette tâche au lieu
de vouloir s´imposer. S´il avait compris qu´il pouvait être
le scribe de la Terre, il n´aurait pas songé un seul instant à
s´inventer des divinités complaisantes et il aurait pu alors souhaiter
la présence de cette force afin de s´incorporer à elle pour
pouvoir continuer sa route vers une perfection. A ce moment là, ce n´est
plus à une vision localisée que l´homme se réfère
mais à une vision cosmique. Certains mythes d´ailleurs, ont fait passer
ce message. L´Arche de Noé par exemple est un symbole : Noé,
sa femme, ses enfants sont les représentants de toute vie sur Terre. Tout
le reste est sous-entendu. Les animaux n´apportent rien de plus car ils sont
déjà en l´homme. L´Arche symbolise l´homme avec
tout ce qu´il a en lui, tout son acquis, sa compréhension et par
là même, elle représente le moyen qui permet à l´homme
de se sauver, de redémarrer une nouvelle société. Ces mythes
ont été écrits pour le futur et peuvent être interprétés
comme des prophéties.
Mais pour en arriver à ce stade, il faut
un être capable de raisonnement, qui puisse faire le scribe et dire «
maintenant j´ai compris et je veux que cette compréhension, la compréhension
de toutes les vies successives qui m´ont précédé soit
enregistrée et puisse servir à un nouveau départ ». Et c´est
peut-être cela son désir du Messie, faire apparaître quelqu´un
qui serait le réceptacle de sa compréhension et pourrait être
le point de départ d´un nouveau cycle. Cycle qui se réaliserait
dans l´esprit plutôt que dans la matière, où le corps,
la possession, le sexe auraient bien moins d´importance. Tout ce qui a pu
freiner l´homme dans son évolution mentale, la barbarie, l´orgueil,
l´égoïsme, s´il en prend conscience, il peut se transformer
et remettre en marche l´évolution vers quelques chose de beaucoup plus
parfait. Dans ce domaine, l´homme a un rôle important à jouer
et tout le monde peut participer à ce travail. Celui qui a une belle voix
comme celui qui n´en a pas, celui qui a du muscle comme celui qui n´en
a pas, celui qui a des diplômes comme celui qui n´en a pas... En définitive,
celui qui amène le moins, c´est celui qui se croit le plus : le superman,
l´artiste adulé, le champion de tennis. A quoi servent-ils ? Savoir
que l´un gagne un match en tant de sets, que l´autre va mettre tant
de pitons pour arriver, en plein hiver, au sommet d´une montagne, alors
qu´en été, il aurait pu y aller tranquillement, sans prendre
de risques absurdes, sans performances.
Toutes ces vedettes s´écroulent
et deviennent inutiles pour une compréhension à l´échelle
cosmique mais elles sont très intéressantes pour des croyances idolâtres.
Celui qui fait du marketing par exemple, il est plus con que n´importe qui !
Avant, il été camelot, maintenant c´est l´ingénieur
commercial. La seule différence, c´est qu´avant c´était
un pauvre type et maintenant il fait partie des privilégiés. C´est
celui qui dans le temps faisait du porte à porte en gagnant à peine le
minimum vital ; maintenant, c´est un bourgeois parce qu´il a un «
porte-feuille ». Mais l´homme, lui, a-t-il changé ? Est-il
différent de l´assureur d´il y a 40 ou 50 ans. Non. La loi a
changé et a fait un homme qui vend du vent obligatoirement, c´est tout.
Tous ces gens représentent la société dans son absurdité,
mais certainement pas une espérance pour le futur. Cette espérance,
on peut très bien la situer. Il suffit de comprendre que l´homme par
son savoir et sa compréhension peut être le scribe final.
A ce moment là, le physicien, l´ingénieur… sont utiles. Il n´est
pas question de renier leur savoir intellectuel s´il est bien utilisé.
L´artisan, l´ouvrier, l´atomiste éventuellement s´il
ne cherche pas à imposer ses centrales atomiques, tout peut servir à
la compréhension si l´homme connaît le prix des choses. Mais quand
il travaille bêtement en refusant de voir les répercussions néfastes
de son boulot, quand il ne veut pas se remettre en question, il se ferme alors à
toute compréhension et ne sert plus à rien, c´est ça le
problème !
L´homme est vulnérable. Il n´est
pas suffisamment lucide pour agir et juger en même temps. Tant qu´il
n´aura pas conscience de cette faiblesse, il ne pourra être un scribe
qui participe et impose en même temps. Ce n´est pas possible ! Il
suffirait qu´il s´oublie, qu´il se mette à sa juste place
dans la création cosmique pour que sa véritable fonction lui apparaisse
clairement et en toute liberté.